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L’autochtonie à Uvira et Fizi en R.D.Congo : vrai ou faux problème

L’autochtonie à Uvira et Fizi en R.D.Congo : vrai ou  faux problème

 Par David Munymamahoro Banoge

                               Contenu de l’article 

 1. Concepts autochtonie et allochtonie ;

 2. Survol de l’histoire du peuplement d’Uvira et Fizi ;

 3. Nationalité congolaise selon  la constitution ; 

 4. Vrai ou faux  problème? 

5. Suppression des entités coutumières des Banyamulenge serait-elle la cause de leur non acceptation comme des autochtones ?   

Les annexes( mémorandum des Banyamulenge, lettres de l’administrateur d’Uvira identifiant leurs biens,  le rapport de l’administrateur de Fizi de 1935).

                                   Introduction 

L’autochtonie   est l’une des causes des conflits identitaires, récurrents et violents dans l’Est de la R.D. Congo. Cet article consiste à reprendre l’analyse de cette problématique en nous inspirant de la constitution  de 2006 d’une part,  et à discuter de quelques interprétations souvent fournies, relatives à ce concept et son utilisation anodine à l’échelle  nationale, de l’autre part. 

Certes, aborder cette question de l’autochtonie n’est pas une tâche facile car, nombreux congolais ont été socialisés au mensonge et à la redondance d’un mensonge est finalement acceptée par le subconscient en affrétant la vérité historico-sociale.  Pour bien mener cette étude, nous nous sommes aussi  servi des recherches historiques du peuplement d’Uvira et de Fizi pour expliquer cette question afin  d’étaler la lumière  sur cette question de l’autochtonie qui alimente le feu aux conflits violents  de manière particulière dans les territoires de Fizi et Uvira et dans la province du Sud-Kivu d’une part  et dans la Province du Nord -Kivu de l’autre part. 

En effet, le concept d’« autochtonie » et d’« allochtonie » sont devenus une paradigme dynamique et géopolitique apparaissant le plus souvent dans des discours  haineux intentionnellement utilisés aux fins politiques d’assignation au regard de ceux dont ils veulent discriminer surtout en période de campagne électorale en RDC en général , et de manière particulière à l’Est dans les Provinces du Sud et Nord-Kivu. 

  1. Des concepts d’« autochtonie » et « allochtonie »

Selon dictionnaire  le  Robert, le terme autochtonie renvoie aux définitions d’une situation d’un peuple, d’un groupe ou d’un individu considéré comme originaire du territoire qu’il habite. En effet le concept « autochtone », vient du grec autokhthôn, composé de : « auto » qui signifie « soi-même » et « khthôn » qui  signifie « terre ». Littéralement, l’autochtonie signifie « issu de la terre même ». C’est dans cette approche que nous nous posons une question simple, celle de savoir :  qui est autochtone  et qui est allochtone dans la zone considérée.  Ainsi, la réponse ne sera pas spontanée ; elle nous demandera de parcourir quelques théories contextualisées pour nous permettre de répondre à cette question. 

De plus, la notion d’autochtonie  en sociologie, désigne pour quelqu’un, le fait d’être originaire d’un lieu particulier en opposition d’une autre personne ou groupe social qui serait venu d’ailleurs. Elle implique donc un groupe de personnes reconnues comme les premiers occupants dans un espace géographique. Elle désigne donc, un membre d’un groupe  ou un peuple indigène, descendant de ceux qui habitaient une région avant la colonisation ou l'établissement de populations actuelles, ayant un ancrage historique et ancestral avec leur terre. Enfin, le concept d’autochtonie est utilisé pour désigner, une communauté ou un peuple qui a vécu depuis une longue durée sur un territoire donné, avant la fixation des frontières.[1]

Par contre, l’allochtonie est un concept importé en géologie, et qui désigne des roches ou des couches géologiques qui proviennent d’une autre région, transportées par l’érosion ou le mouvement tectoniques, laquelle en sociologie désigne des populations qui ont migré par elles-mêmes ou qui y ont été contraintes  par des divers  motifs. Ainsi, les allochtones sont désignés par rapport à la population locale ou du moins, antérieurement établie.

  1. Survol de l’histoire du peuplement  d’Uvira et Fizi

Pour mieux expliquer le fil des questions qui guident notre recherche, nous recourons à l’histoire du peuplement des certaines populations d’Uvira et de Fizi notamment les Banyamulenge, les Babembe, les Bafuliru et les Bavira  afin de clarifier cette notion de l’autochtonie, en mem temps,   d’enrichir notre débat. 

S’agissant des Banyamulenge, leur présence  se situe en différentes périodes lointaines,  tout en précisant que la migration  d’un peuple ne s’effectue pas par  une convoie  comme les oiseaux migratoires. 

Selon Alexis Kagame, l’arrivée des Banyamulenge à l’est de ce qui deviendra plus tard la RDC, se situe entres les années 1576-1609[2]. Mgr Patient Kanyamacumbi l’estime entre les années 1720-1780[3], alors que pour  Hiernaux, l’arrivée des Bayamulenge date des années 1744[4]. Pour Dépelchin , il place l’arrivée des banyamulenge en1746. Selon George Weis, entre les années 1881-1884, certains  Banyamulenge avaient déjà commencé à se déplacer de Mulenge pour  Galye   et d’autres localités dans les  montagnes surplombant Uvira[5] ;

 Aussi, Nguya ND. Malangila la situe entre 17è -18ème siècle[6]. Pour Jean-Pierre Chrétien, l’arrivée de ce peuple se situe aux environs du 18ème siècle ; Lieve Joris estime que les Banyamulenge seraient à Mulenge avant 1885[7]. Jean-Jacques François Depelchin parle de la présence de Bigimba père de Kayira   à Mulenge après Kakamba entre les années 1850- 19860 en période de de Lwamwe[8];  etc. 

Quant aux Babembe, la première vague est arrivée  à Lulambwe a Fizi entre les années 1770[9] et 1780[10], et  rencontrant les premiers occupants  dont les Bazoba, selon Moeller.[11] Plus tard, ils ont occupé la littorale du lac Tanganyika après les Wamasanze et les Bavira. Selon Moeller, ils n’ont aucun ancêtre commun, surtout qu’ils sont des diverses origines sans lien parental. Certes, certains clans sont d’origines pygmoïdes, d’autres sont d’origines Warega,  alors que d’autres  sont apparentés avec les Banyindu, les Bashi, et même certains  d’autres partagent leur origine  avec Baluba[12], une communauté interdépendante qui est arrivée en plusieurs vagues[13] ;

Les Bafulero, selon plusieurs sources, seraient dans l’actuelle région de l’Est de la RDC,  vers le 17ème . Ils sont  composés de plusieurs  groupes qui n’ont aucun lien génétique comme précise Bosco Muchukiwa.[14] C’est une communauté dont les membres proviennent  de diverses origines, installés dans la région en différentes périodes comme les Bagesera,[15] et les Bazige ou les Bahungu, les quels adoptèrent le dialecte de Kifuliru pendant la période coloniale.[16] De même,  parmi les Bafuliru, il y en a qui sont d’origine rwandaise, tels que les Basozo et les Bahamba  qui, auparavant s’appelaient Bacumbi des Bagahe  de l’ancien royaume précolonial de Mpororo, achevale sur le Rwanda et de l’Uganda[17] .

Enfin, les  Bavira seraient arrivés les premiers dans la région vers le 17ème siècle[18]   avant les Bafuliru, les Banyamulenge et les Babembe.

En définitive et faisant suite aux données sur le peuplement ci-haut- énumérés, toutes ces communautés sont présentes dans la région avant l’expansion européenne, et  tous y sont installés après l’arrivée les pygmées.   

  1. La nationalité congolaise selon constitution 

Sur le plan juridique, la RD Congo est plus instable en matière de la loi sur la nationalité. Ci-dessous nous présentons quelques modifications qui ont eu lieu précédemment.[19] 

En dépit de la première loi du 27 décembre 1892 relative à la nationalité, révisée le 21 juin 1904, la loi du 26 aout 1908, la loi du 6 novembre 1959, et la Constitution de Luluabourg de 1964, la deuxième République était réputée en instabilité et mauvaise application des lois en matière de la nationalité. Les lois mal appliquées, leurs rétroactivités et ramifications qui sont les sources des troubles et violences entre les communautés coalisées  contre les Banyamulenge et Tutsi du Nord-Kivu, illustrent cette situation. 

  • La loi no 71-020 du 26 mars 1971

 Dans son article 15, la loi stipule que : «  Les personnes originaires du Rwanda-Urundi établis au Congo à la date du 30 juin 1960 sont réputées avoir acquis la nationalité congolaise. Cette loi ne concernait que les transplantés du Nord-Kivu et les travailleurs des mines ;

  • La loi no72-002 du 5 janvier 1972 

Elle stipule que « les personnes originaires du Rwanda-Urundi qui étaient établis dans la province du Kivu avant le 1er janvier 1950 à la suite d’une décision de l’autorité coloniale, (et) qui ont continué à résider depuis lors dans la République du Zaïre jusqu’à l’entrée en vigueur de la présente loi, ont acquis la nationalité zaïroise à la date du 30 juin 1960 ».

  • La loi no 81-002 du 29 juin 1981 

Elle modifie la loi no 72-002 du 5 Janvier 1972, stipulant qu’est zaïrois, toute personne dont l’un des descendants est ou a été membre d’une tribu établie sur le territoire de la République du Zaïre dans ses limites du 1er août 1885. Cette loi  prête confusion  car, le 1er août 1885 l’actuel  Congo n’avait que 2.000.000kmde superficie lors de partage de l’Afrique par la conférence de Berlin [20] et  la frontière entre la R.D.Congo et  Rwanda-Burundi  ait fixé en 1910[21] ainsi que la région de Ruzizi  qu’habitait les Banyamulenge n’était pas octroyé au Congo en 1885 car, la vallée de la rivière Ruzizi a été ajouté après[22] de même que le territoire de Rutshuru, qui  est identitaire  des Tutsi congolais.[23] Implicitement alors, la population du Kivu était en dehors des limites  et la grande partie  était un territoire sans maitre et le lac Kivu appartenait au Rwanda.[24] 

  • L’ordonnance no 82-062 du 15 mai 1982 

L’applicabilité de la loi de 1981 demandant de remettre les certificats de la nationalité et les cartes d’identité aux victimes de la loi. Durant cette période, les Banyamulenge et les autres  tutsi congolais étaient sérieusement séquestrés par les différents services de l’état pour motif de rendre leurs cartes d’identité. 

  • L’arrêtés no 83-183 

Cet arrêté ordonnait l’introduction des demandes en vue   de l’obtention de la naturalisation chez ceux dont cette mesure avait frappés. Injuste, l’application de cet arrêté, avait victimisé les Banyamulenge en provoquant des arrestations arbitraires dans plusieurs coins du pays et de ramifications dans les instances politiques comme le cas de la candidature de Mutambo Joseph à la députation nationale fut rejetée. 

  • L’ordonnance présidentielle no 89/122 du 22 mars 1989 

Cette ordonnance consistait dans l’opération d’identification des nationaux avec spécificité dans  les territoires habités par les  Banyamulenge et les autres  Tutsi, notamment  à Kalehe au  Sud-Kivu, au Nord-Kivu et au Katanga à Vyura. Conséquemment, le 1er juin 1991 l’opération d’identification commençait, et les Banyamulenge s’opposèrent cette identification qui les assimilait injustement aux étrangers. A titre illustratif , nous pouvons citer le cas de Rukamirwa, chef de localité à Itombwe, tué et d’autres personnes ont été  arrêtés et  transférés dans les prisons d’Uvira. Les Banyamulenge qui habitaient dans la province du Katanga, précisément à Vyura, 29 notables parmi eux, ont été arrêtés et transférés dans la prison de Kassapa à Lubumbashi. 

La résolution du HCR-PT du 28/04/1995

Il y a eu une descente de la commission dite Vangu Mabwene du Haut Conseil de la République et Parlement de Transition (HCR-PT en sigle), en Août et Septembre 1994 avec deux missions   principales notamment:  celle de s’acquérir de la situation de l’entrée massive des réfugiés rwandais dont les ex. FAR, Interahamwe, les réfugiés fouillant la victoire du FPR et les burundais d’une part , et d’évaluer l’insécurité liée à la nationalité zaïroise des immigrés de l’autre part. 

En lisant ce rapport et les desideratas des communautés voisines   des Banyamulenge, plusieurs éléments témoignèrent les six mensonges  à  leur égard qui ont influencé la prise de la résolution, entres autres : 

  • La commission a reçu plusieurs groupes sociaux y compris la délégation des Ex- FAR et génocidaires Interahamwe excluant les Banyamulenge ; 

  • Les communautés anciennement cohabitées par les Banyamulenge qui pouvaient démotiver les stéréotypes de la commission, témoignaient de ceux-ci qu’ils  sont des immigrés de 1950, 1959, 1963  et que  tout  autochtone ne les accepte pas comme des zaïrois[25] ;

  • Il n’y a pas la différence entre un Munyarwanda d’hier dont les Banyamulenge et un Munyarwanda d’aujourd’hui dont les refugies et génocidaires de 1994[26] ;

  • Les Banyamulenge est un volcan qui n’attend que ravager tous il faut les refuser la nationalité pour ne pas frustrer les autochtones.[27] Ce qui est surprenant et choquant est qu’il y’avait à cette période des camps d’entrainement des génocidaires à Kibogoye, a Luvungi et a Biliba dans la plaine de la Ruzizi[28] qui n’étaient pas  présentés comme de menaces pour la RDC. 

Cependant, la résolution du Parlement de Transition ne pouvait concerner  que  les réfugiés rwandais, burundais et les immigrés de 1959 et 1972. Cependant, l’honorable Anzuluni Bembe, alors président du HCR-PT, dont la personnalité, sérieusement  encline dans la division tribale, protégea les réfugiés rwandais  et génocidaires de 1994 pour motif d’assignation ethnique.  C’est ainsi que, dans sa descente pour expliquer la fameuse résolution à la population de sa province, il  tint différents meetings :   à Kamanyola,  Luvungi, Sange, Kiliba  et Kasenga en date du 11/09/1995,  et à Baraka le 14/09/1995 . Son discours était axé sur les réfugiés rwandais, Burundais avec accent aux Banyamulenge, et  il disait : « Nos frères Banyamulenge du Haut-plateau dont les jeunes partent chez eux au Rwanda sont concernés par cette mesure. Veuillez à ce qu’ils ne vendent plus leurs vaches et leurs maisons, car,  sont des patrimoines zaïrois ».[29]  Et d’ajouter : « j’ai tout fait pour vous les Babembe que cette résolution passe. Les Banyamulenge sont désormais des réfugiés comme les autres. Et pour cela ils doivent quitter notre pays après le 31/12/1995 et c’est l’occasion ou jamais pour vous enrichir, prenez les vaches non plus en les mangeant comme vous l’aviez fait en 1964 ».  Ce faisant, comme l’a dit le philosophe Nicolas Machiavel que le peuple se trouvant sans chef ont des choses à dire et manquent de chef pour s’en charger.[30] De même, les Banyamulenge n’ont pas cessé de dénoncer l’injustice commise à leur égard, mais en vain. C’est ainsi la commission parlementaire présidée par Vangu   plonge le pays dans des violences en votant la résolution du 28 Avril 1995 qui exige le départ, des réfugiés rwandais au 31 Décembre 1995 y’inclus les Banyamulenge[31] et les violences commencèrent aussitôt, suivirent  de l’identification de leurs propriétés, en commençant par  des parcelles dans les milieux urbains, les interdisant de construire, de vendre et d’aménager les maisons pour leur propreté.[32] 

Faisant suite au rapport  de la résolution de l’institution ci-haut mentionnée, les violences se déchaînèrent contre les Banyamulenge jusqu’aux massacres collectifs  dès septembre 1996 en différents lieux dont, 77 de Bivumu, tués à Lweba; 15 personnes de Magaja  tués à Lweba; 219 personnes   de Bibogobogo massacrées à Baraka ; 129 enfants disparus dont certains sont retrouvés en Tanzanie ; 39 personnes  de Ngandja enterrées  vivant à Lubonjda ; 26 personnes tuées à Kamanyola ; et la mort de Rukenurwa Ndatabaye[33], alors président de la Mutualité des Banyamulenge, à Uvira qui avait annoncé par écrit le plan d’extermination de sa communauté.[34] 

Pour revenir au fil conducteur  qui a guidé notre problématique, la constitution de la R.D. Congo ne définit pas expressément l’autochtonie en termes d’article, hormis  la loi no 22/033 du 15 juillet 2022 relative à la protection et á la promotion des droits des peuples autochtones pygmées. Nonobstant, la constitution ne parle que de la congolité à l’article 10 qui stipule qu « un congolais d’origine, est toute personne appartenant aux groupes ethniques qui habitaient le territoire devenu le Congo à l’indépendance, le 30 juin 196 »[35]. Parlant implicitement, est autochtone en R.D. Congo, celui qui appartenait à un groupe social qui était établi sur l’actuel territoire avant le 30 juin 1960.  Eu égard à la notion de l’autochtonie, on se  demande si cette notion est définie dans certains milieux tels qu’à Fizi et Uvira  dans le but satisfaire  leurs populations pour parvenir à leurs fins. Et, partant les autochtones pygmées (Batwa en langue locale) qui sont protégés par la fameuse loi existent présentement dans le territoire de Fizi et sont estimés à 12000 personnes selon le rapport de 2017 du Shalom Ministries Réconciliation and Développement, Shamired en sigle[36].

  1. Vrai  ou faux problème ? 

La réflexion d’Emmanuella Kant de maintenir l’ignorance au peuple pour une meilleure exploitation[37]trouve son fondement dans les politiciens qui manipulent et abusent  ce peuple pour   des fins envisagées issues des violences. 

 Afin  de couper court, je ne commence que par les événements politiques en rapport avec l’instabilité la loi de la nationalité évoquée   dans la section précédente, notamment, la loi no 81/001 du 29 juin 1981 qui excluait les communautés non présentées sur le territoire congolais en 1885 (et)( était) promulguée en fonction des Tutsi congolais dont les transplantés de Masisi  de 1930, de 1954 et  de 1959 qui avaient eu la nationalité par l’ordonnance no71/020 du 26 mars 1971, abrogée par la  loi no 72/002 du 5 janvier 1972.[38] C’est ainsi que    les Banyamulenge et  les Tutsi de Rutshuru   sont délibérément victimes par la simple raison de confondre l’ethnie ou la tribu avec  la nationalité  comme il a dit Mukendi.[39] Drôle de chose, en 1983 et 19987 les candidats Banyamulenge à la députation nationale respectivement Joseph Mutambo (1983), Musafiri Mushambaro et Dugu wa Mulenge(1987)  sont privés de leurs droits politiques d’être voté pour motif de la nationalité douteuse alors que  leur base était autorisée de voter et assurer la couverture  pour un bon déroulement . Les leaders de cette communauté se sont révoltés,  déchirant les urnes  pour manifester leur mécontentement et  certains ont été arrêtés et conduits à la prison centrale d’Uvira.[40]  Habituellement,  les politiciens évoquent  la question de l’autochtonie et  assimilent les  Banyamulenge aux réfugiés récents de 1994 en évoquant qu’ils n’ont  pas même une entité administrative  coutumière pour expliquer l’allochtonie. 

 

  1. Les entités coutumières des Banyamulenge supprimées, seraient-elles la cause de non acceptation comme des autochtones ?   

 L’administration coloniale  légalisait ou créait les chefferies sur base des organisations coutumières existantes, lesquelles partageaient les mêmes us et valeurs culturelles, et obéissant  à un chef. Dans cet état de chose,  les Banyamulenge  anciennement appelés les Banyaruanda  ou les Ruanda, étaient organisés  sous deux entités coutumières,  à savoir : la chefferie de Kayira et celle de  Gahutu[41] malheureusement supprimées officiellement en date du  5 décembre 1933 et portant.  Le chef Kaila/Kayira  fut relégué en 1924[42] qui n’avait que 4 de son  inauguration avec  le circulaire du 8 novembre 1920[43], tandis que la chefferie  de Gahutu  a été supprimée[44] après le conflit qui l’opposa au le chef Kabwika(Fuliru). L’administration coloniale razzia ses 390  vaches en les distribuant aux différents chefs locaux[45]. Le groupement coutumier de Budurege[46] fut à son tour supprimé. 

 De même qu’aux Tutsi du  Nord-Kivu, les chefferies qu’ils avaient ont aussi été supprimées  par l’administration coloniale. Nous citons entres autre : 

La chefferie de  Nshizirungu et celui de Kabango qui étaient placées sous l’autorité du prince Nyundo fils de Rwabugiri du Rwanda, et qui englobaient l’actuel Rutchuru et Gisoro en Uganda. Ces chefs coutumiers sont destitués en 1922 par les belges pour motifs d’être loyaux au roi du Rwanda. C’est dans cette même politique que Kabango  fut relégué au Congo Central (Bas-Congo) et disparu depuis ce temps[47]. Selon Mgr Kanyamacumbi, des entités coutumières des Tutsi notamment  Kabango, Ntamuhanga et Lulenga, démis de leurs fonctions par l’autorité coloniale lors de l’installation de Mwami Ndeze Irivugumwe Réné, dont son père venait, d’ailleurs, fraichement de Ruhengeri au Rwanda.[48]  Il faut aussi mentionner la chefferie de Byahi/Munigi  de chef Karera  Gahembe dans l’actuelle ville de Goma,  accusé d’être pro-allemands en 1913, et remplacée par l’actuelle chefferie de Bukumu. La chefferie de Gishari à Masisi,[49] qui était administrée par le chef Bideri a été destituée en 1939 en remplacement de Bucyanayandi,  Tutsi en 1957 destitué et don son entité se vit démembrée et annexée dans la chefferie des Bahunde beaucoup plus soumises aux colonisateurs.[50]

Cela étant, le pouvoir se maintient souvent en divisant les populations et en désignant des ennemis entre les administrés, comme il a dit Machiavel.  C’est, exactement ce qu’on a pu observer dans les conflits de : « Nous » les communautés coalisées (Babembe, Bafuliru, Banyindu, Bavira, etc.), et « eux » impliquant  les Banyamulenge et autres Tutsi. 

En définitive, les  “Nous” instrumentalisés et exposés  à de multiples violences contre « Eux »et devient  acceptable, voire nécessaire  avec des pratiques de déshumanisation pour légitimer l’épuration  ethnique ou tribale attribuées  à l’autochtonie. 

Conclusion 

La question de l’autochtonie et de l’allochtonie est souvent présentée comme un problème social réel à l’Est de la RDC, alors qu’il est un alibi, simplement  pour masquer les visés politiques et en suite, comme un outil de mobilisation au déracinement des Banyamulenge et d’autres Tutsi congolais. En effet, au regard des données  historiques du peuplement des territoires d’Uvira et de Fizi, les  communautés des  Banyamulenge, Bafuliru,  Bavira et Babembe étaient toutes présentes dans la région avant le partage de notre continent lors de la Conférence de Berlin, le moment clé de l’héritage colonial de l’Afrique. Tous ces groupes mentionnés, en des moments et à des degrés divers, ont cohabité et avec les populations pygmées, considérées comme les premiers occupants de la région.

Par ailleurs, le cadre juridique actuel, partant de l’ordre hiérarchique, la Constitution de la République démocratique du Congo,  avec la loi n10 qui  accorde la nationalité sur  base de la présence sur le  territoire congolais avant le 30 juin 1960. Hormis, la loi de la constitution, si abusivement l’autochtonie était déterminée sur base de la conférence de Berlin, les Banyamulenge seraient plus autochtones que certains clans des Bafuliru dont les Bagesera, les Bazige, les Bazsozo, etc. S’il agissait de définir l’autochtonie sur base des premiers occupants des territoires identitaires,  chaque groupe social à leur espace ethnique qu’il a occupé les premiers par rapport aux autres. 

Aussi, l’argument selon lequel les Banyamulenge ne seraient pas autochtones en raison de l’absence de chefferies traditionnelles  est sans fondement dans la mesure où certaines structures d’organisation leur avaient été reconnues avant qu’elles eussent été supprimées par l’administration coloniale.

Enfin, la problématique de l’autochtonie, telle qu’elle est mobilisée dans les conflits locaux est un faux débat plutôt que d’être considéré comme une réalité historique ou juridique. Il ne s’agit, en d’autres termes, qu’un  donné créé, pour légitimer  la guerre d’épuration ethnique. 

 

Bibliographie

           (ouvrages, articles, rapports, mémoires et sites web) 

  1. A. Kagame; Un abrégé de l’ethnohistoire du Rwanda, éd. Université du Rwanda, Butare 1972.

  2. Mgr  P. Kanyamacumbi ; Les populations du Kivu et la loi sur la nationalité, vraie ou fausse problématique, A.T.R.I.O.; édition SELECT, 1992

  3. Jean Hiernaux; Note sur les tutsi de l’Itombwe et mémoire de la societe anthropologique ; Paris, 1965 

  4. Célestin Nguya -Ndila Malengana; Nationalité et citoyenneté au Congo-Kinshasa, edition Harmattan, Paroissiens, Bruxelles,1933 

  5. Lieve Joris; l’heure des rebelles, Amsterdam, Actes Sud, 2007.

  6. Depelchin Jacques Marie-François; “From precapitalism to imperialism.A history of social and economic, formation in East Zaïre(Uvira zone, 1800-1965); Stanford University, 1974.

  7. A.Möeller, “ Migrations bantous”, Librairie Falk fils, 22ème rue des Paroissiens, Bru

  8. Bosco  Muchukiwa; Identitités territoriales et conflits dans la province du Sud-Kivu R.D.Congo, Genève Globerthics, 

  9. Joseph Mutambo, Les Banyamulenge, Imprimérie  Saint Paul, Limette Kinshasha, mars 1997 

  10. J-P. Chrétien ;  L’Afrique des grans lacs, deux mille ans d’histoire, Collection historiquw, Aubien, Paris, 2000.

  11. G.Weis,   Le pays d’Uvira, Étude de géographie régionale sur la bordure occidentale du lac Tanganika, Rue de Livourne, 80A, Bruxelles 1957.

  12. F.Reyntjens et S. Marysse, Conflits au Kivu : antécédents et enjeux ; Université Antwerp ; Centre d’étude de la région des grands-lacs d’Frique ;Anvers décembre 1996.

  13. Kant, Critique de la raison pure, GF Flamarion, Paris, 2017

  14. Crisis Group, Comprendre les conflits dans l’Est du Congo(I); La plaine de la Ruzizi, 17. Rapport Afrique No206/23 juillet 2013

  15. Mukendi Mukendi Ntantamika; Le droit à la nationalité congolaise d’origine, l’Harmattan, 2021

  16. Manassé Müller Ruhimbika ; Les Banyamulenge (Congo-Zaïre) entre deux guerres ; L’Harmattan, 2001.

  17. P. Jentgen ; Les frontières du Congo-belge; Avenue Marnix, 25 Bruxelles, 1952. 

  18. Alexis Marie Gochet, Le Congo Belge illustré, ou l’État Indépendant du Congo(Afrique Centrale), deuxième édition, Liège 1888

  19. A.-J. Wauteurs ;Histoire politique du Congo-belge; Bruxelles Pierre Vn Fleteren, Éditeur,  108, Rue Berckmans, 1911

  20. Georges Mounin,  Machiavel Philosophe, Presse Universitaire de France, 108,Boulevard Saint-Germain, Paris 1964

  21. F.Reyntjens et S. Marysse ; Conflits au Kivu: antecedents et enjeux; Univversité Antwerpn; Centre d’étude  de la region des grands d’Afrique, Anvers, décembre 1996. 

  22. Dr Gaston  Nganguzi Rwasamaza, les causes lointaines et récentes de la problématique de la citoyenneté des rwandophones congolais en RDC, Congo Indépendant, 2020

  23. Rapport de la commission Mvangu, page 103

Photo: Wikipedia

   Les annexes

  1. Mémorandum de la communauté Banyamulenge adressée au président du Zaïre

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2. Lettres de l’Administrateur d’Uvira interdisant la construction et vente des biens

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3. Rapport de premier administrateur de Fizi Monsieur Willemart, 1935

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[2] Kagame Alexis ; pages 118 &119

[3] Mgr Kanyamacumbi P. ; pages 99, 100 &101

[4] Hiernaux ; page 361

[5] Weis G. ; page 

[6] Célestin Nguya -Ndila Malengana  ; page 37

[7] Lieve Joris; L’heure des rebelles, Amsterdam, Actes Sud, 2007, page 31

[8] Depelchin, pages 68 & 50(Lwamwe/Rwamu a regné entre 1850 et 188).

[9] A.Möeller, pages 46 et 47

[10] Willmart,  rapport en annexe 

[11]  A.Möeller; pages 420 et 422

[12] Willemart, cité par A. Moeller,  page 47 

[13] A.Moeller ; page 47. 

[14] Bosco  Muchukiwa;,page 18

[15]  Joseph Mutambo; page 37.

[16] B. Muchukiwa; page 17 

[17] J-P. Chrétien ; page 75

[18] G.Weis ; Le pays d’Uvira ;page 142.

[19] F.Reyntjens et S. Marysse, page 57 et 58

[20] Alexis Marie Gochetpage 4

[21] P. Jentgen ; Les frontières du Congo-belge;  page 48 & 52

[22] A.-J. Wauteurs ;Histoire politique du Congo-belge; p. 103

[23] Mgr Kanyamacumbi Patient,  écrit qu’ils sont à Jomba depuis 1750,  page 109

[24] Jean-Pierre Chretien, pages 186 &187

[25] Rapport Vangu Mabwene, pages 104 & 106

[26] Rapport de la commission Vangu M., page 119

[27] Rapport  de la commission Vangu M., page 115 & 111

[28] Rapport  de la commission Mvangu, page 103

[29] Memorandum de la communauté Banyamulenge adressée au président du Zaïre, voir les annexes.

[30]Georges Mounin ; Machiavel Philosophe, page 72. 

[31] Manassé Müller Ruhimbika ; page 30

[32] Lettre de l’Administrateur d’Uvira appliquant la décision de Anzuluni , interdisant la vente des biens des Bnyamulenge 

[33] Les Banyamulenge massacrés sélectivement( pas publiés)

[34] Lettre Rukenurwa Ndatabaye (paix à son âme) annonçant le plan du génocide à la communauté Banyamulenge

[35] Constitution de la RDC, promulguée en 2006

[36] Rapport de SHAMIRED 2017

[37] Kant ; page 23

[38] Crisis Group ; Comprendre les conflits dans l’Est du Congo ; page 5

[39] Mukendi Mukendi Ntantamika, l’Harmattan, 2021, page 49

[40] Interviews accordé à Musafiri Mushambaro et Chef Lawi Munyakazi Rutambwe qui a fait la prison pour le motif de bruler les urnes à Bibogobogo.

[41] Bosco Muchukiwa ; page 76

[42] Le Rapport de l’Administrateur de Fizi, page 1 en annexe.

[43] F.Reyntjens et S.Marysse ; page 55

[44]F.Reyntjens et S.Marysse ; page 55

[45] Gasore Sebaganwa Zebedee, page 23

[46] G.Weïs ; page 57

[47] Dr Gaston  Nganguzi Rwasamaza ; page 4

[48] Mgr Patient Kanyamacumbi ;page 109

[49] F.Reyntjens et S.Marysse ; page 55

[50] Dr Gaston Nganguzi R ;page 5 

David Banoge

David Banoge

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