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LE RESSENTIMENT DE LA BELGIQUE VIS-À-VIS DES TUTSIS DATE DE LA NUIT DES TEMPS

LE RESSENTIMENT DE LA BELGIQUE VIS-À-VIS DES TUTSIS DATE DE LA NUIT DES TEMPS

© akg-images / Science Source

« Je vous dis une chose: l’Europe, parmi tous les continents du monde, est celui qui a connu les guerres les plus brutales et les plus barbares. Ce n’est ni l’Afrique ni même l’Asie, mais bien l’Europe. Et cela ne s’est pas produit au Moyen Âge, mais au XX siècle. C’est en Europe que l’on a exterminé les Juifs. »

— Nicolas Sarkozy, Parlement français

La colonisation du monde ne fut pas uniquement propre à l’Afrique. D’autres continents en ont également été victimes, notamment l’Amérique, l’Asie et même l’Océanie. Tous ont été profondément affectés par les puissances destructrices de la colonisation européenne.

Cependant, les pays ayant subi la colonisation belge gardent encore aujourd’hui des séquelles profondes et indélébiles des méfaits de cette domination.

La prétendue mission civilisatrice de la Belgique a longtemps occulté les crimes commis contre les populations dites indigènes du Congo, exterminées sans état d’âme sous le règne du roi Léopold II. Celui-ci avait fait du Congo sa propriété privée, y perpétrant des massacres difficilement qualifiables.

Il serait parfois difficile de distinguer les méthodes du roi Léopold II de celles d’Adolf Hitler. La différence réside peut-être dans le fait que la diabolisation d’Hitler s’est surtout amplifiée parce qu’il avait déclaré la guerre aux puissances occidentales.

Nous aurons certainement l’occasion d’y revenir en détail. Toutefois, dans le présent article, nous souhaitons nous pencher plus particulièrement sur l’intolérance, la haine et la brutalité de la Belgique à l’égard des Tutsis, qui semblent s’inscrire dans une longue durée historique.

Depuis l’arrivée des Européens sur le continent africain, l’Afrique a traversé plusieurs périodes particulièrement destructrices : l’esclavage, le colonialisme et, plus tard, le néocolonialisme. L’Afrique a subi près de quatre siècles d’esclavage, un siècle de colonisation, et aujourd’hui plus de soixante ans de néocolonialisme.

Pour certains observateurs, ces dominations n’auraient pas suffi. Ils estiment que la Belgique aurait contribué, directement ou indirectement, à la genèse de violences extrêmes, voire de génocides visant les Tutsis dans certaines de ses anciennes colonies, notamment au Rwanda, en République démocratique du Congo et au Burundi.

En effet, c’est durant la période coloniale que les autorités européennes, avec l’appui de certaines missions religieuses, ont contribué à rigidifier des catégories identitaires telles que Tutsi, Hutu ou Bantou, qui avaient auparavant des significations davantage sociales ou socio-économiques.

Le génocide de 1994 perpétré contre les Tutsis du Rwanda reste l’un des événements les plus tragiques de cette histoire. La Belgique a d’ailleurs reconnu une part de responsabilité dans la genèse de certains mécanismes ayant contribué à ce drame.

Certains analystes considèrent également que les violences visant les Tutsis congolais aujourd’hui s’inscrivent dans cette longue histoire de tensions et d’héritages coloniaux, souvent sous le regard passif de la communauté internationale.

UN PASSÉ COLONIAL BELGE QUI NE PASSE PAS

La question de la nationalité des Tutsis congolais, héritée en grande partie des arrangements territoriaux de l’époque coloniale belge, constitue l’un des problèmes les plus douloureux et complexes auxquels la République démocratique du Congo a été confrontée depuis son indépendance.

Ce problème a profondément marqué la vie politique congolaise et explique en partie les crises récurrentes qui ont secoué le pays depuis 1960.

La question concerne principalement les populations tutsies vivant dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans un pays qui compte plus de 450 groupes ethniques et partage ses frontières avec neuf États voisins, dont plusieurs communautés sont transfrontalières.

Selon certaines analyses, la marginalisation des Tutsis congolais aurait été favorisée par des politiques coloniales qui ont fragilisé leurs structures politiques et sociales traditionnelles.

1. LE DÉCOUPAGE DES FRONTIÈRES AU DÉTRIMENT DES TUTSIS

Historiquement, le royaume du Rwanda couvrait certaines régions qui appartiennent aujourd’hui à la province congolaise du Nord-Kivu.

L’historien Omar Marchal explique qu’en 1912, les conventions conclues entre les puissances coloniales — la Belgique, l’Allemagne et la Grande-Bretagne — redéfinirent les frontières. Ces accords amputèrent le Rwanda de plusieurs territoires, notamment le Bwisha, le Gishari, Rutshuru, l’île d’Idjwi et une partie occidentale du lac Kivu.

La convention du 11 août 1912, qui fixa définitivement la frontière entre le Congo belge et le protectorat allemand du Rwanda-Urundi, prévoyait que les populations rwandaises vivant à l’ouest de cette nouvelle frontière pouvaient rejoindre le Rwanda avec leurs biens dans un délai de six mois.

Celles qui restaient au Congo devenaient automatiquement sujets du Congo belge. Pourtant, aujourd’hui encore, la nationalité congolaise de certains de leurs descendants est contestée.

2. SUPPRESSION DES ENTITÉS TRADITIONNELLES TUTSIES AU NORD ET AU SUD-KIVU

Le pouvoir colonial belge entreprit également de démanteler les entités traditionnelles tutsies qui existaient dans la région.

Au Nord-Kivu, plusieurs chefferies furent supprimées, notamment Byahi, Kamuronzi, Gishari et Tongo.

Au Sud-Kivu, les structures traditionnelles des Banyamulenge connurent le même sort : Kayira, Gahutu, Ntungu et Budurege, entre autres, furent dissoutes.

Les modalités différaient selon les régions.

Au Nord-Kivu, les autorités coloniales créèrent de nouvelles entités administratives dirigées par des chefs ne partageant ni la langue ni la culture des populations locales. Les chefs tutsis furent souvent contraints à l’exil ou éloignés de leurs territoires.

Au Sud-Kivu, les entités traditionnelles banyamulenge furent dissoutes et leurs territoires redistribués entre d’autres communautés voisines, notamment les Fuliro, Vira et Bembe.

Ces transformations placèrent progressivement les Tutsis congolais sous l’autorité coutumière d’autres groupes, ce qui contribua à une situation durable de marginalisation, de dépendance et de tensions intercommunautaires.

Beaucoup se retrouvèrent ainsi sans chefferie reconnue, sans autorité traditionnelle propre et sans contrôle territorial clair, ce qui nourrit jusqu’à aujourd’hui les accusations selon lesquelles ils seraient des « étrangers ».

3. QUELQUES HYPOTHÈSES SUR L’INIMITIÉ ENTRE LES BELGES ET LES TUTSIS

Certaines analyses avancent que les autorités coloniales auraient progressivement perdu confiance dans certains chefs tutsis, qu’elles jugeaient trop autonomes ou insuffisamment dociles.

D’autres hypothèses évoquent également des enjeux économiques. Les Tutsis étant traditionnellement des éleveurs, ils avaient besoin de vastes espaces pour leurs troupeaux, ce qui pouvait entrer en conflit avec les intérêts coloniaux liés à l’exploitation agricole et foncière.

CONCLUSION

Il est indéniable que les tensions liées à l’histoire coloniale remontent à plus d’un siècle. Dès 1912, avec la redéfinition des frontières, puis entre 1925 et 1930, avec la suppression des chefferies traditionnelles, plusieurs transformations profondes ont marqué l’organisation sociale et politique de la région.

Ces héritages continuent d’influencer les débats contemporains autour de la nationalité, de la terre et de l’identité dans l’est de la République démocratique du Congo.

QUESTIONS POUR UNE PROCHAINE RÉFLEXION

Comment une nation moderne et dotée d’une grande tradition intellectuelle peut-elle encore être confrontée aux héritages problématiques de son passé colonial ?

Comment expliquer la persistance des tensions historiques liées aux identités dans la région des Grands Lacs ?

Par: BIGINA Mfashingabo

Citoyen du monde

David Banoge

David Banoge

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