Par Me SEBINTU NKINZINGABO Jotham
Les Banyamulenge de Minembwe continuent de subir de graves exactions commises par divers groupes armés, notamment des militaires burundais et congolais, des miliciens Maï-Maï ainsi que des mercenaires opérant dans la région.
Outre les bombardements effectués à l'aide de drones, la population de Minembwe, aujourd'hui confinée dans trois ou quatre villages seulement, vit dans une extrême précarité et manque même du strict nécessaire pour se nourrir. Cette population se sent abandonnée par son propre gouvernement et estime être livrée à des forces étrangères dont l'objectif serait d'occuper la chaîne de Mitumba pour des raisons sécuritaires liées au Burundi.
Selon certaines allégations relayées dans la région, les autorités burundaises et congolaises auraient convenu de mener une ultime offensive contre Minembwe afin de rendre la zone inhabitable. Les partisans de cette thèse considèrent que ces autorités supporteraient difficilement le fait que des civils ou des groupes d'autodéfense résistent à des armées régulières pourtant mieux équipées et disposant de moyens militaires modernes.
Pourquoi les grandes puissances demeurent-elles silencieuses lorsqu'une communauté minoritaire affirme être victime de violences en raison de son appartenance ethnique? Les victimes des massacres rapportés sont nombreuses, tandis que les pillages de bétail se comptent par milliers.
Pourtant, beaucoup ont le sentiment que la souffrance des Banyamulenge suscite peu de compassion au sein de la communauté internationale. Ils estiment être marginalisés en raison de leurs origines historiquement associées à la région des Grands Lacs, notamment au Rwanda. On pourrait se demander si les Banyamulenge sont responsables des circonstances historiques qui ont façonné les frontières actuelles de l'Afrique.
Ils se sont retrouvés du côté congolais de ces frontières, tandis que d'autres populations partageant des liens culturels ou linguistiques semblables vivent aujourd'hui au Rwanda, au Burundi, en Tanzanie et dans d'autres pays de l'Afrique centrale.
Si le gouvernement congolais rejette la citoyenneté des Banyamulenge, qu'il nous laisse au moins vivre sur notre terre ancestrale, les Hauts et Moyens Plateaux du massif de Mitumba.
Nous sommes épuisés par les tortures, les exactions, les humiliations, les injures et toutes les autres formes de violences dont nous sommes régulièrement victimes. Jusqu'à quand ce calvaire va-t-il durer ?
Chaque jour, nous pleurons nos morts, victimes des attaques menées par des groupes armés, des militaires burundais et congolais, appuyés, selon de nombreux témoignages, par des mercenaires qui semblent avoir trouvé dans cette région un terrain propice pour expérimenter leurs armes et leurs drones.
Pendant ce temps, les populations civiles ne revendiquent rien d'autre que leur droit fondamental à la vie et à la sécurité. Elles refusent simplement d'être sacrifiées comme des brebis conduites à l'abattoir. Pourtant, la guerre se poursuit et les souffrances s'aggravent de jour en jour.
Si Dieu n'intervient pas, beaucoup craignent qu'il ne reste bientôt plus de survivants. Nombreux sont ceux qui ont le sentiment d'avoir été abandonnés à leur sort, livrés aux mains d'assaillants de tous horizons.
Nous lançons un appel pressant à toutes les personnes de bonne volonté, aux organisations humanitaires ainsi qu'à la communauté internationale afin qu'elles interviennent pour mettre fin à ces violences et protéger les populations civiles.
Ces exactions se déroulent souvent loin des regards du monde, dans des zones difficilement accessibles aux médias internationaux. De ce fait, les souffrances des habitants restent largement méconnues de l'opinion publique mondiale.
Où ailleurs dans le monde des populations civiles vivent-elles sous la menace constante de bombardements et d'attaques répétées sans que cela ne suscite une mobilisation internationale à la hauteur de la gravité de la situation ?
L'écrivain Jonathan Swift observait que « les lois sont comme les toiles d'araignée: elles capturent les petites mouches mais laissent passer les guêpes et les frelons ».
Cette réflexion amène certains à s'interroger sur l'inégalité avec laquelle certaines crises sont traitées par la communauté internationale. Pourquoi certains événements suscitent-ils une forte attention internationale, tandis que les souffrances de Minembwe, les destructions, les déplacements forcés de populations et les restrictions d'accès aux produits de première nécessité demeurent largement ignorés? Les habitants ont pourtant, eux aussi, droit à la protection, à la sécurité et à l'accès aux biens essentiels tels que le sel, le sucre, le carburant et les médicaments.
Malgré tout, nous gardons l'espoir qu'un jour justice sera rendue. Si elle tarde à venir sur cette terre, nous croyons que chacun devra finalement répondre de ses actes devant Dieu, qu'il s'agisse des auteurs de ces crimes ou de ceux qui sont restés indifférents alors qu'ils avaient le pouvoir d'agir pour mettre un terme à cette tragédie.
Comme le dit la maxime : [ « Dum vita est, spes est », . « Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir. » ]
Me SEBINTU NKINZINGABO Jotham
E-mail: sebintujotham@gmail.com
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