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LA SAVANE DE  L’ITOMBWE SERAIT-ELE  UN TERRITOIRE IDENTITAIRE(GAKONDO)  DES BANYAMULENGE ?

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LA SAVANE DE  L’ITOMBWE SERAIT-ELE  UN TERRITOIRE IDENTITAIRE(GAKONDO)  DES BANYAMULENGE ?

Par David Banoge

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Image par Gustave Rwinikiza

Contenu du travail

  • Introduction
  • Qu’est-ce qu’un territoire identitaire/ethnique ou culturel ?
  • La savane de l’Itombwe communément appelée « Mulenge » serait-elle un territoire identitaire des Banyamulenge ? Les éléments suivants le détermine :
    • Le sentiment de s’auto-défendre aux menaces contre les Banyamulenge 
    • La défense territoriale contre l’invasion externe
    • La résistance des Banyamulenge face à l’esclavagisme 
    • La résistance à la mutinerie des soldats Batetela
    • La résistance contre les attaques internes
    • De « l’intifada » contre l’expropriation du territoire  identitaire
    • De l’ethnonyme comme élément de l’identité territoriale 
    • Les Banyamulenge seraient-ils les premiers occupants de  l’espace de hauts-plateaux de l’Itombwe  communément appelé « Mulenge »?
    • Le toponyme comme facteur d’un territoire ethnique   
    • Le peuplement et la toponymie  de « Mulenge » comme facteur d’un territoire identitaire
    • Le peuplement de l’espace de la savane de l’Itombwe(communément appelé Mulenge)
    • Peuplement de Minembwe et ses environs
    • Peuplement de Bibogobogo
    • Peuplement de Tulambo 
    • Peuplement de Kamombo 
    • Peuplement de Bijombo
    • Les  Banyamulenge et  la faune dans la savane de l’Itombwe
    • Les martyrs Banyamulenge  lors de  construction des routes  coloniales
  • En quoi le territoire identitaire se diffère-t-il à un territoire étatique ?   
  • Peut-on avoir  un territoire identitaire sans  une chefferie ethnique ?
  • Conclusion
  • Bibliographie

Introduction

Cet article soulève une question jugée importante,  celle de l’identité territoriale  qui aborde aussi la question de l’autochtonie, devenue slogan dans le Sud  de la Province du Sud-Kivu.  En effet, partant de l’histoire du Congo Démocratique, les premiers occupants  sont des pygmées (Batwa en langue locale) et sont appelés « autochtones » et, ils existent présentement partout au pays  plus particulièrement dans le territoire de Fizi.

Cependant,  la diatribe quotidienne à l’égard des Banyamulenge suscite des recherches  sur les théories socio-géo historiques des hauts-plateaux de l’Itombwe afin de savoir  de quel  groupe social  pouvant attribuer  l’identité territoriale, appelée aussi ethnique et culturelle de cet espace géographique pour de répondre à la question  de l’autochtonie que pose problème  pas seulement dans les territoires de Fizi, Uvira et Mwenga/Itombwe-secteur mais aussi au niveau national.

  1. Qu’est-ce qu’un territoire identitaire/ethnique ou culturel ?

Un territoire identitaire est un espace géographique et social associé à un groupe tribal ou communautaire.  Il est aussi appelé l’espace identitaire de référence sociogéographique ou ethno-territorial lequel on se réfère et l’on s’identifie.  Selon Bosco Muchukiwa, le territoire ethnique est un territoire, un espace culturel, identitaire ou particulier et habitat naturel, un support d’une organisation de type lignage ou clanique. Dans ce contexte, Bosco Muchukiwa fait allusion au pouvoir coutumier pour définir un territoire identitaire. Par contre, dans une autre publication, il avait défini le territoire ethnique ou identitaire comme un espace au sein duquel la communauté/ population s’est installée en premier lieu avant la colonisation et qu’il est majoritaire dans cette géographie identitaire, nous allons y’revenir dans les sections suivantes.   Cependant, quand on parle de l’espace identitaire, il s’explique par le fait qu’un groupe ethnique s’installèrent   le premier dans cet espace géo-historique    et qu’il a joué un rôle important pour que le territoire soit habitable.                                                 

En plus, le territoire identitaire, culturel ou l’espace ethnique peut aussi être associée à un sentiment de défense ou de préservation face aux menaces extérieures et  cela peut inclure des luttes pour préserver une culture, une langue ou un mode de vie spécifique.  Ainsi, chaque individu est attaché  à un ensemble de lieux entre autres le lieu de naissance, les lieux d’origine de sa famille, les lieux dans lesquels il a vécu successivement, les lieux qu’il a fréquentés mais aussi des lieux plus enviés ou projetés comme les lieux de vie souhaités ou de projets éventuels.

Ce faisant, le passé et les trajectoires géographiques des individus sont de plus en plus complexes et n’est  peut perturber pour certains le sentiment territorial. Même si, vous résidez dans un pays étranger, cela ne constitue plus une rupture de sentiment territorial, vous gardez toujours le sentiment de votre origine culturel.

Néanmoins, pour certaines personnes,  l’exil ou la migration « forcée » peuvent constituer des « cassures » surtout  quand ils ont traversé un moment difficile, en cas des mauvais souvenirs liés à la mauvaise politique de votre patrie identitaire, ils peuvent  être  les sources de remaniements identitaires importants. Cependant, Tizon souligne que : « Malgré la mobilité des hommes et la globalisation des enjeux socio-économiques, il faut encore être et se sentir de quelque part pour agir et être reconnu ». Enfin, le territoire identitaire est l’espace de référence sociogéographique ou ethno territorial auquel on se réfère et l’on s’identifie.

2. La savane de l’Itombwe communément appelée « Mulenge » serait-elle un territoire identitaire des Banyamulenge ?

Comme nous l’avons dit dans la section précédente, le territoire ou l’espace  identitaire est une approche qui explore les liens entre les identités des groupes sociaux et les territoires culturels. Il examine les perceptions et les sentiments d’appartenance d’une personne ou d’une communauté sociale. Il s’intéresse à des questions que personnellement je prélève qui  peut me permettre à expliquer   la question de l’identité territoriale des banyamulenge,  dans les points quoi suivent :

2.1. Le sentiment de s’auto-défendre aux menaces contre les Banyamulenge 

La mauvaise gouvernance héritée de la colonisation, l’administration indigne de certains pays,  ne  trempent  leurs peuples que  dans des conflits perpétuels.  Le sentiment  de s’auto-défendre et de la défense  du  territoire ethnique se crée souvent par plusieurs dynamiques historiques et socio-culturelles. D’abord,  il y’a l’émotion de l’identité collective, laquelle les banyamulenge ont développé historiquement liée à leur identité fondée sur l’amour de leur espace identitaire, de l’histoire, de partager des problèmes liés à des séquestrations politico-sécuritaires, stigmatisation, assignation et la discrimination. Ces éléments attachent profondément les banyamulenge afin de faire face aux menaces d’extermination.

Au fait, le sentiment d’appartenance à une identitaire tribale se forme à travers la socialisation et se construit au contact des arrières grands-pères occupant les premiers un espace, la dénomination topographique, le partage de même dialecte, la même culture, les mêmes valeurs, les mêmes mœurs et subir les mêmes injustices socio-politiques.

Pour les  Banyamulenge, il y’a également la perception collective de menace de déracinement, d’épuration ethnique, de destruction des villages et de razzia des vaches  qui sont inséparables  à leur vie quotidienne  depuis les années 1964 jusqu’aujourd’hui,   récemment coalisés   avec les FDLR  et Interahamwe rwandais  après  avoir fait le génocide des tutsi rwandais en 1994  et aussi avec l’armée burundaise depuis 2023. Ces tristes évènements ont  créé un esprit de l’autodéfense civile  dite « Twirwaneho » pour la survie  et de leur territoire identitaire.

Dans un contexte plus large, la défense territoriale pourrait aussi se manifester par la volonté de protéger les limites physiques de leur territoire ethnique contre toutes les  invasions internes comme externes. Nous illustrons à titre d’exemple  par quelques cas parmi plusieurs autres.

2.2. La défense territoriale contre l’invasion externe

Selon les sources traditionnelles,  il  y’a eu les résistances des banyamulenge contre les arabes dans l’actuelle localité de Luvunge et  à Kakamba en  coalition  avec les bafuliru, la résistance contre la mutinerie des soldats batetela et la guerre contre la spoliation  territoriale  de Minembwe et Tulambo en 1951-1952.

2.2.1. La résistance des Banyamulenge face à l’esclavagisme 

Selon la tradition orale, les Banyamulenge farouchement attachés à s’auto-défendre s’illustre par une résistance déterminée face aux esclavagistes afro-arabes aux prix lourds sacrifices dont la perte des vies  humaines. C’est dans cette circonstance que se distingue la figure de Ngangura, fils de Sebudyo du clan d’abanyabyinshi, qui a joué un rôle très utile dans l’organisation de la résistance, sous son impulsion, visant à se protéger ensemble avec leurs voisins fuliro contre l’esclavagisme.   

Cependant, de suite des intérêts commerciaux, le roi Léopold II coopéra avec les afro-arabes esclavagistes en laissant libre les hommes de Tip Tipo( (un surnom lié à l’onomatopée reproduisant le bruit de son fusil) de capturer les indigènes sur l’étendue de sa concession et   nomma Hamed ben Mohammed el-Murjebi alias Tip-Tipo le gouverneur de l’Oriental de l’EIC, afin de faciliter simplement pour ses ambitions  de s’étendre jusqu’au Soudan et  de ces embussions,  le souverain de l’EIC a recruté  les militaires  lesquels nombreux  étaient les batetela, afin d’atteindre ses objectifs expansionnistes.

Selon les sources orales, les Banyamulenge ont résisté contre la captivité des arabes et faire face bien qu’ils utilisaient les outils traditionnels comme des arcs et lances pour bloquer l’expédition des arabes à Rubyibyi dans l’actuel Luvunge sous l’initiative de Ngangura Sebudyo.

Les sources orales confirment qu’il  y a eu des morts de part et d’autre et les Banyamulenge ont pu récupérer une arme à feu du type revolver mais malheureusement ils ne savaient pas le manier.

En plus, la deuxième attaque a eu lieu   vers l’actuel Rubarika et cette fois-ci conjointement avec Manyundo, chef de l’armée du Mwami Nyamugira des Bafuliru et plusieurs personnes sont mortes y’compris le vaillant Ngangura.

En cette période, les Banyamulenge qui conjuguaient avec les bafuliru sont parvenus à bloquer les arabes à capturer les gens dans leur région pour l’esclavagisme et les arabes ont négocié et commencé á vendre ces capturés dans les villages des banyamulenge afin de nourrir les autres en caravane. Voilà alors comment un nombre non négligeable des Banyamulenge  sont issus des métissages des rachetés aux arabes  et sont dans plusieurs clans faisant cette communauté.

Quant aux estimations de la période de ces évènements de l’opposition des Banyamulenge à l’esclavagisme, nous estimons en nous référant aux deux faits historiques, dont le premier est l’existence des petits centres de transit dans l’actuel Rwanda et la période de Manyundo ,chef de l’armée de mwami Mukogabwe des fuliru.

Au fait, bien que l’abolition de l’esclavagisme aux USA eût eu lieu en janvier le 1er 18865 par Abraham Lincoln, la vente des captifs en Afrique de l’Est et Centrale a continué et l’associé avec la chasse à l’éléphant. En 1887, le roi Rwabugiri du Rwanda achetait les captifs qui provenaient de l’Ouest du lac Kivu, et,  dans sa cour, il y’avait un certain nommé Mulinzi, fil d’un colporteur de flèches qui facilitait l’échange des esclaves contre des bracelets de cuivre, les effets cotonnades et des perles dans la région. Et, deux centres de transit pour la Tanzanie, l’un était à Kavumu à Nduga dans l’actuel Gitarama, Butare et Gikongoro et l’autre était à Rukira dans le Gisaka (Kibungo).  Probablement que, c’est en cette période que les banyamulenge ont fait face aux trafiquants swahilo-arabes et surtout qu’ils régnaient en souverain même en période de l’EIC, comme nous l’avons démontré dans les sections précédentes.

En plus, la deuxième référence historique nous facilitant l’estimation est la   période du règne de Mukogabwe qui a eu lieu entre 1880 et 1914.  Alors, Manyundo qui fût le chef de l’armée de Mukogabwe  a conjugué avec le groupe de Ngangura, (le chef de résistance des banyamulenge contre les captifs des arabes pour l’esclavagisme) et la résistance aurait eu lieux entre les années 1887-1895 un peu avant la mutinerie des soldats Batetela dont nous parlons à la suite et Ngangura fils de  Sebudyo  de Gicondo de Rutabuye  et frère de Bidogo et Rusaku serait mort en pleine défense contre l’esclavagisme et, malheureusement il n’a pas laissé une progéniture. Aussi, Oscar Niyongabo signale que la bataille des Banyamulenge contre les négriers arabisés aurait eu lieu entre 1892-1894 et il ajoute un deuxième front contre les esclavagistes  aurait également  eu lieu à Kataka dans la hauteur de la ville d’Uvira et  était   organisé par Sebasamira wa Mutangancuro du clan d’abasama.

2.2.2. La résistance à la mutinerie des soldats Batetela

Les soldats Batetela étaient dispersés dans tous les coins du pays  en mutinerie contre les officiers belges en période de l’EIC  a eu des ramifications chez les pasteurs Banyamulenge,  dont la razzia des vaches  et  la perte des vies humaines en résistance. Cependant, nous  présentons  d’avance un survol historique des mutineries de manière générale puis la particulariser chez les banyamulenge.

En effet,  tout commence par le souverain de l’EIC  qui était  nourri des ambitions démesurées d’étendre sa  domination  économique  et politique au-delà des frontières de 1885, en voulant également gérer le bassin du Nil qui s’ajoute à celui du Congo, c’est-à-dire, allant de l’embouchure du fleuve Congo jusqu’à la mer rouge.   

Notamment,  le roi des belges enviait le territoire de l’Uganda, du Soudan et de  l’Élytre alors zone d’influence britannique, curieusement, son échec a eu  d’impacts négatifs  qui s’ajoutaient aux misères des congolais en général.

Ce faisant, l’histoire de mutinerie commence en 1891, la période pendant laquelle l’État Indépendant du Congo s’est lancé dans un système de recrutement forcé de la force républicaine, les indigènes se réservaient et les hommes de Leopold II exigeaient l’enrôlement forcé en comptant 25 huttes pour un soldat obligatoire sur la grande étendue de l’EIC.

Chose planifiée, chose faite, le roi a pu former 10.000 hommes avec l’ambition d’aller d’abord récupérer le sud du soudan  afin de progresser. Mais, ces hommes vivaient dans des conditions inhumaines et mouraient de faim, des fouets et des maladies et se sont révoltés en séries contre leurs officiers , il s’agit entre autres :

D’abord, en 1893, les militaires belges de l’EIC ont exécuté Ngongo Lutete, un chef batetela accusé de la trahison  et, a provoqué les tensions et la désertion de nombreux soldats batetela.

En plus, en 1895, il y’a eu la révolte de 400 soldats qui étaient stationnés  à Luluabourg( Kananga actuel) et ont tué certains officiers belges. Après ces attaques, ils ont pris la direction de Maniema et sont défaits en octobre 1896, la mutinerie se transforma en rébellion qui dura quatre ans, s’est dispersée partout au Congo-Indépendant et arrivés à l’Est en 1897-1898 ;

Ensuite, il y’a eu aussi la révolte dite de l’expédition de Baron Dhanis, qui était surnommé « fimbo nyingi »  en swahili, qui signifiait « beaucoup de coups de fouet » comptait aux environs 1300 soldats, c’était en septembre 1896.

En guise de ces mutineries, les banyamulenge  étaient victimes de razzie des vaches  et la  perte des vies humaines, nous citons entres autres :

  • Ncogoza fils de Rushombo ;
  • Rugirira fils de  Muhasha Ruhirimbura ;
  • Misigi fils Kidakenyera  du clan d’abashonga ;et
  • Manene Muyaga du clan d’abagunga, blessé par balle.

Par la suite de résistance contre  les mutins,  le vaillant Gasore  Rubanzabagera fils de Mushama fils de Nyabiguma du clan d’Abadahurwa  a tué avec une lance un commandant  arabe du groupe de Rumariza qui conduisait les mutins tetela.

Ce faisant, le preux Gasore a été surnommé  Rubanzabagera  signifiant « qui a écrasé » qui voulait le tuer et razzier ses vaches et c’était probablement lors de  la première révolte   faite par le groupe armé arabe,  le 28  février1886 à l’absence de Tip-Tipo. Et, ce dernier  collaborait bonnement avec les militaires belges. En cette mutinerie, le groupe armé arabe  dirigé par Rachid ont attaqué la position de capitaine Vau Gèle basée à Kasongo  et Stanley s’est vite  précipité à Ujiji/Tanzanie  pour voir Tipo-Tip et a reçu l’expression de ses regrets  et ramena la paix entre ses hommes et les hommes de l’association Internationale du Congo.

En outre, les autres révoltes  et attaques  contre les belges par le groupe  arabe de  Mohammed Ben Khalfan surnommé « Rumariza » qui signifie  en kinyamulenge « exterminateur » ont  eu lieu le 2 avril 1893,  en novembre 1893 et en janvier 1894  et certains officiers belges sont morts notamment  les lieutenants Pouthier, Lthaire, Doorme, Hambursin et le sergent De Bruyn. C’est dans cette logique qu’ en mutinerie des soldats batetela, le groupe armé arabe ont vite rejoint pour  conjuguer ensemble. C’est pourquoi,  le nom de Rumariza est très connu dans la région habitée   par les Banyamulenge et l’un de ses lieutenants est tué par Gasore surnommé Rubanzabagera.

2.2.3. La résistance contre les attaques internes

À travers les différentes périodes de l'histoire congolaise, les Banyamulenge sont confrontés à des attaques internes, des crises politiques et identitaires récurrentes. Notamment, la rébellion muleliste de 1964, les politiques d'exclusion sous les différents régimes,  les conflits armés ainsi que les violences récentes de  depuis 2017 jusqu’  aujourd’hui  en 2026. D’abord, les attaques  attribuées à tort à divers groupes armés communautaires dit mayi-mayi, légitimés  et armés par le président Tshisekedi Félix  en les surnommant « Wazalendo »qui signifie les « patriotes », en suite par les FARDC et l’armée burundaise(FDNB)  qui  utilisent les armes à technologie de pointe avec de Soukhoï, des drones et l’artilleries à longue portée afin de déraciner les Banyamulenge.

Néanmoins, ces derniers ont développé  les différentes résistances visant à assurer leur survie physique,bien il y’a eu des milliers des victimes,  la protection de leur territoire  ethnique et la préservation de leur identité par l’entremise de   l’auto-défense dite « Twirwaneho ».

2.2.4. De l’« intifada » contre l’expropriation du territoire  identitaire(Gakondo)

L’histoire commence en 1947 avec la société d’Élevage de l’Itombwe (ELIT en sigle), en août en 1952, l’administration de la colonisation décida d’expulser en détruisant tous les  villages de Minembwe, Mikenke, Tulambo, etc., et les banyamulenge  se concentrent à l’Ouest de Minembwe. Cependant, les policiers municipaux les poursuivent car, ils étaient toujours dans la concession de la ferme.   

C’est ainsi que le chef  coutumier Vedaste Karojo  organisa sa communauté de Banyamulenge de refuser l’expulsion même dans l’espace où ils se sont déplacés en mobilisant la résistance populaire  face aux belges armés et faire la « guerre des pierres » ou intifada.                       Ce soulèvement marque ainsi un acte symbolique de défense de leur identité collective mais aussi de défendre leur dignité qui ont marqué l’histoire sur le territoire ethnique, c’est ainsi qu’il a  réussi et les repousser  pour se maintenir dans les localités  de Kabunga, Rebera, Rukombe, Kashasha et Bumba par la force.

C’est,  également dans cette dynamique  que le chef Mwaga Muhire  s’opposa fermement à céder  Tulambo aux autorités belges ainsi que plusieurs autres localités notamment : Itara, Mahelile, Rununuka, Kahenge, kisaya, Kahamba, Rukwiza, Mbakura, Tulambo, Rwamakila, Kuwimbogo, Bijanda, Sekalenge et Luemba de  secteur d’Itombwe en territoire de Mwenga. Ainsi, tentant de le convaincre, l’administration coloniale lui proposa 142 vaches et une maison d’habitation à Bukavu, mais il rejeta cette offre. À la suite de son refus, Mwaga Muhire  incarcéré d’abord à Mwenga et   fut libéré après avoir purgé sa peine, mais son retour au territoire ethnique  fut marqué par un nouveau refus d’obéissance. Ce second acte de résistance fut soutenu par plusieurs notables Banyamulenge, parmi lesquels Sebasaza Rwiyamirira, Eremiya Rutabagaya Mushoza, et d’autres figures éminentes.

De même, Sebihunga Ruraza ,le chef en cette periode d’Ilundu/Minembwe, manifesta à son tour un refus catégorique de céder son espace ethnique aux autorités coloniales belges. Ceci étant, un signe de solidarité et de fidélité à la cause identitaire, il fut arrêté et transféré à la prison de Mwenga, où il partagea la détention avec le chef Mwaga Muhire.
Ces gestes illustrent le profond attachement  à l’espace identitaire et la détermination de le défendre contre toute tentative d’attaque externe  témoignant un véritable  amour à leur terre, perçue non seulement comme un espace vital, mais aussi comme un symbole d’identité liée à leur géographie ethnique.  Néanmoins, les chefs bembe dont Malekani et Muniaka  acceptèrent  la somme de 73000fr apposent leurs signatures et acceptent l’argent pour céder les concessions à la société ELIT, sauf Elema(Kirima ) chef des Basimwenda qui a rejoint le cas des leadeurs Banyamulenge fut aussi transféré à la prison de Shabunda.

Ainsi, le sentiment de la défense  contre toutes les menaces qui affectent le territoire ethnique, la privation des certains droits, la discrimination, la destruction des biens, la  razzia et les tueries sélectives créent des sentiments de se défendre  d’abord, pour la survie et ensuite  de protéger leur géographie  identitaire.

En plus, le concept du  territoire identitaire  ne se limite  pas seulement  à sa défense  et la dimension geohistorique  mais  aussi  à la dimension ethnonymique  que dont les membres  partagent.

Bref, l’ethnonyme  de « Mulenge » qui est d’origine rwandaise,  qui signifie une population regroupée,   est un symbole d’identité représentant  un héritage culturel et historique. Ainsi, les hauts-plateaux de l’Itombwe  communément appelé « Mulenge »  qu’habitent les Banyamulenge depuis  avant le partage de  l’Afrique en 1885 car, il était leur pâturage bien avant la sédentarisation  avec la famille  et les années 1924 les familles y’habitaient  est actuellement un espace géo-historique communément dénommé le « Mulenge » regroupant les localités qu’ils habitent à partir de Rurambo, Bijombo, Kamombo, Tulambo/Mibunda, Minembwe, Milimba et Bibogobogo.

Enfin, dans la même argumentation, nous démontrons dans le point suivant comment l’ethnonyme d’une tribu/communauté est un élément principal de l’identité territoriale et ses relations avec cet espace géographique.

2.3. De l’ethnonyme comme élément de l’identité territoriale 

Le nom d’une tribu ou communauté est souvent lié à son histoire et  sa culture. En effet, le lien entre le nom et l’espace  culturel  jouent un rôle important dans la construction et la transmission de l’identité des générations en générations.

Cependant, nombreuses éponymes ou totems dérivent directement du territoire culturel, ethnique ou identitaire, sont les cas des Banyamulenge, Bavira, Bafulero, Babembe, Bashi, Bahavu, Batembo, Banande, etc.   Le nom de la tribu de banyamulenge est un élément important dans l’identité culturelle, il a une histoire et une mémoire collective.  Ce nom  de « Banyamulenge » marque une même identité tribale, permet également de se reconnaitre, de renforce le sentiment d’une même appartenance géo-identitaire,  de renforce l’unité, la cohésion et favorise l’entraide intracommunautaire et cette dénomination tribale est le pilier de l’identité.

2.4. Les Banyamulenge seraient-ils les premiers occupants l’espace de hauts-plateaux de l’Itombwe  communément appelée « Mulenge »?

Dans ce point , nous relatons l’histoire de peuplement de  cette région géographique et le processus par lequel les  différentes communautés   ont progressivement  y’ établie qui regroupe les plateaux d’Uvira, ceux de Fizi et du secteur d’Itombwe en territoire de Mwenga. 

Néanmoins, il  nous semble difficile de préciser mathématiquement l’année d’occupation par les Banyamulenge dans les hauts plateaux  soit par pâturage soit en famille dans l’Itombwe, faute d’inexistence  de la documentation écrite relatant les faits. Nous ne faisons que des estimations sur base de certains faits historiques  et surtout que, l’occupation d’un territoire  ne s’effectue pas à une journée plutôt à  est un processus qui s’étale sur plusieurs années.

Toutefois, les sources traditionnelles, les rares documents et livres estiment la période de peuplement de la savane de l’Itombwe vont  nous servir de qualifier que la savane de l’Itombwe est le territoire identitaire/ethnique des Banyamulenge et également sur base des facteurs définissant c’est qui est un territoire ethnique.

  Ce faisant, nous décrivons une brève historique sur l’occupation  de « Mulenge » qui a donné l’ethnonyme aux Banyamulenge et qui embrasse présentement l’espace  de Minembwe, Tulambo, Bijombo, Rurambo, Bibogobo et leur histoire de peuplement .

2.5. Le toponyme comme facteur d’un territoire ethnique   

La dénomination des lieux géographiques et autres éléments naturels comme les noms des rivières, des arbres etc., constituent des indicateurs sérieux d’un territoire identitaire ou ethnique. Ces éléments toponymiques et géographiques sont importants dans la construction, la transmission et la reconnaissance d’un territoire ethnique. Cependant, dénommer les noms des lieux, c’est s’approprier symboliquement l’espace géographique et  il  traduit une relation affective avec le territoire culturel. En plus, la dénomination des lieux transmet également une mémoire locale, orale et la continuité de la langue et les traditions culturelles. Ainsi, bien que la dénomination des lieux et autres éléments naturels  sont des témoignages forts d’appartenance à un territoire identitaire ou ethnique et façonne une identité en renfonçant le sentiment de « chez-soi » et  sont  en plus des outils de revendication identitaire surtout lorsque le groupe social( tribu/communauté) est menacé de l’expulsion pour motif des conflits politiques et identitaires comme  il est le cas des Banyamulenge et les Tutsi de Masisi et Rutshuru.

Par ailleurs, le toponyme des collines, villages, rivières et forets en dialecte de kinyamulenge sont des signaux qui ne trompent pas  témoignant que « Mulenge » est un territoire ethnique des Banyamulenge. Nous illustrons par  quelques noms et les restes seront expliqués dans l’histoire du peuplement dans des sections suivantes :

  • Mulenge : est un mot de la langue rwandaise qui signifie village ou population agglomérée ;
  • Minembwe : dérive du nom de l’arbre qui se trouvait dans toutes les forêts de Minembwe, (Umunembwe au singulier et Iminembwe au pluriel) ;
  • Bijombo :qui est Enset en terme technique  ;
  • Mikenke : dérive du nom des herbes qui est  Hyparhenia spp en terme scientifique ;
  • Rurambo : dérivé de Rurambi, qui signifie  « une savane plane » ;
  • Tulambo : derive de « turambi » qui signifie « petites plaines » ;
  • Bibogobogo, :c’est un animal de la famille des buffres ayant des longs poils au coup et à la queue ; etc.

Par la suite, nous présentons l’histoire du peuplement et la toponymie comme l’un des facteurs d’un territoire ethnique/identitaire.

2.6. Le peuplement et la toponymie  de « Mulenge » comme facteur d’un territoire identitaire

Mulenge,  est une matrice ethnographique des Banyamulenge, se situe à une vingtaine de kilomètres de Lemera, chef-lieu de la chefferie des  Bafuliru, vers les hauts plateaux de Rurambo. Selon l’historien Jacques Depelchin, Bigimba père de Kaila/Kayira est arrivé dans cette localité identitaire des Banyamulenge  vers  les années  1850-1860 sous règne de Mwami  des Bafuliru Nambako Lwamwe   en déménagement  de Kakamba   .

Cependant, l’espace  de  « Mulenge » apparaît dès lors non seulement comme un lieu géographique, mais aussi comme un symbole fondateur de l’identité  des Banyamulenge et  atteste un enracinement ancien et socio-culturel. Bien que Dépelchin estime l’arrivée de Bigimba en cette période citée ci-haut, il a rencontré certaines d’autres familles entres autres Serugabika , comme Mutambo Joseph  le confirme   et les sources traditionnelles.    Selon les traditions orales, Serugabika  est le premier occupant de cet espace,  qui constitue un point de départ essentiel pour comprendre la construction de l’identité des Banyamulenge.

Confronté à un environnement hostile peuplé  essentiellement d’animaux féroces qui dévoraient les troupeaux et de serpents de la famille  de Python réticule qui a avalé  son fils Rukobero. Ce faisant, ce premier occupant, incarne  la figure du pionnier qui a apprivoisé un territoire encore sauvage  et symbolise les épreuves d’appropriation de cet espace qui ne se limite pas à une histoire individuelle, mais plutôt à la  participation  de la  formation d’une identité.

Le toponyme « Mulenge » est d’origine rwandaise, il dérive du nom « umulenge » qui signifie village. Le sens élargi du mot  umurenge  fait référence à un regroupement humain organisé sur un territoire donné consacrant  comme notion qui a progressivement évolué pour désigner une entité administrative au Rwanda.

Aussi, la toponymie  des différentes collines  de   la région  de Mulenge  en kinyamulenge consolide la thèse de leur territoire ethnique, nous citons entres autre,  la colline et/ou la localité de  Rurambira sur l’actuelle paroisse catholique ; Kukanyovu (en bas de Kagabwe, Nyundo, Kidyama) ; Kibonangoma ; Kumurama( là où  habitent  les pygmées actuellement) ; Bitaba(centre de Santé et poste colonial) ;; Kugishagara ;  Kugiko de Bishomwa du clan d’abadahurwa) ; Nyakirunga appelé aussi kurwanda ; Kwihorezo ; Nyabitare ; Mukonashari chez Muhemeri du clan d’abagorora ; Mugitovu vers la  source de la rivière Sange,  qui dérive du mot «  Isange de kinyarwanda » signifiant « bienvenu » dans la région.  Au-delà de la rivière  du côté Sud, il y’a la localité de Mashuba ; Kitigarwa ; Gatyazo ; Muhanga ; Bidegu ; Nyabigega ; Gatobwe ; Ndegu ; Nyarugi ; etc. et les montagnes les surplombant dont Rushari ; Kibuti ; Biramagiro ; Gasaba ; Bushokwe ; Cyugamo ; Gifuni ; etc. Tous ces toponymes datent d’avant la colonisation et jusqu’aujourd’hui  sont en kinyamulenge. Ainsi,  qui peut contredire que « Mulenge » n’est pas un berceau identitaire des Banyamulenge  ? En réalité, personne ne peut contredire cette vérité historique sauf  certains politiciens dupeurs. Aussi, vers les années 1881, Weis écrit que  certains Banyamulenge  quittent Mulenge pour s’installer à Galye/Garyi, par la suite ils construisent leurs villages  à Munanira ,  à Gishembwe, à Gataka, à Rugarama, à Kalonge, à Kavugwa, à Chito et après ils se sont installés dans la savane de l’Itombwe.

2.7. Le peuplement de l’espace de la savane de l’Itombwe (communément appelée Mulenge)

Nous présentons dans cette section l’aspect géohistorique de Minembwe, Tulambo, Kamombo, Bijombo, Bibogobogo et Rurambo afin  démontrer   l’histoire de leur peuplement  en vue de dégager l’hypothèse sur leur appartenance  identitaire.

2.8. Peuplement de Minembwe et ses environs

Minembwe, n’est pas  seulement l’intersection  de la  rivière Rwiko/Lwiko et de Minembwe, habituellement là où on a l’habitude d’appeler « Minembwe »,   plutôt c’est la région environnante  de la même nature géophysique  dénommée Minembwe. En effet, ce nom tire son origine d’un arbre local appelé munembwe (au pluriel minembwe), une espèce naturelle qui poussait autrefois en abondance dans les forêts entourant la rivière portant le même nom. Ces arbres,  caractérisant le paysage de la région, ont donné leur appellation à ce territoire situé sur les hauts plateaux du Sud-Kivu, dans l’intersection des territoires de Fizi et Mwenga.

Cependant, bien avant l’arrivée des européens dans cette région, Minembwe était déjà occupée par les  pâturages d’un groupe pastoral connu pour son mode de vie fondé sur l’élevage du bétail. Ce groupe social vivait dans un système de pâturages saisonniers, exploitant les vastes étendues herbeuses qui caractérisent les hauts plateaux de l’Itombwe qui étaient inoccupés sauf des hameaux d’un peuple  pasteur dont les Banyamulenge. Les premières familles à s’y établir temporellement  furent celles de Muhasha Ruhirimbura Sebikabu, venues s’y réfugier après avoir fui la révolte des Batetela. Ce faisant, Oscar Niyongabo écrit que  Muhasha  Ruhirimbura  fils de Sebikabu  arrive dans la savane de l’Itombwe après avoir perdu son fils Rugirira par les attaques des soldats batetela et razzia des vaches, il  décida de quitter Kitimuka dans la hauteur de la ville d’Uvira vers  la source de la rivière Mulongwe  afin de s’installer à Nyamara   à une dizaine des kilomètres au Nord de Minembwe  en actuel secteur de Tanganyika  de Fizi. Il n’a pas tardé à cause de ravitaillement en vivre, les pygmées qui y’vivaient lui conduiront à Lusuku/Mutambala en laissant ses vaches à Ngoma et Gatongo, les localités situées  non loin de Minembwe. Mgr Kanyamacumbi précise que Muhasha habitait à Lusuku/Mutambala avant la première guerre mondiale.

En outre, il y’a eu Shendo fils de Gasaba fils de Gafirira du clan d’abasita, qui habitait à Lusuku/Mutambala qui s’est installé à Minembwe dans l’actuel village de Kuwabanyarusuku( ceux qui proviennent de Lusuku) qui a visité toute la région  qui aurait orienté Kayira Bigimba Muhinyuza de choisir  s’installer au Sud-Ouest de Minembwe.

Ainsi, l’installation  de Muhasha Sebikabu  dans la savane de l’Itombwe au Nord-Est de Minembwe  marque l’une des premières phases d’occupation structurée du territoire et  contribue à faire  la région pas seulement de Minembwe mais aussi celle communément  appelé « Mulenge » un espace  ethnique pour  sa  communauté.

La  troisième vague d’installation à Minembwe est la figure du chef Kaila/Kayira Bigimba avec ses pasteur( actuellement  les Banyamulenge)  qui  fut relégué dans cette  région  par l’administration coloniale belge en 1924 et son   passage  à Kalembelembe pour  Sud-Ouest de Minembwe  est mentionnée dans le rapport de l’administrateur Willemart de Fizi, daté de 1935. Au fait, Kayira Bigimba s’est installé dans la partie Ouest de Minembwe, une localisation choisie d’abord pour  sa bonne nature  géographique favorable aux pâturages et ensuite pour se rapprocher de la région des Babuyu,  afin de se ravitailler en vivre. Et, ce dernier fut le  dernier chef de  la chefferie  dite de Kaila à Mulenge supprimée par l’administration coloniale.

En fin de compte, cette installation marque une  autre  étape du peuplement de Minembwe qui   a contribué à  l’expansion progressive des Banyamulenge dans la région. En plus, il s’ajoutent  plusieurs autres installations avec des familles notamment, le chef Muhire Ntironkwa, le  chef Sebihunga  wa Ruraza  s’installa à Ilundu/Minembwe, le chef Kabundege à Kivumu/Minembwe  et Rutare Busore et Buvunduri Rugangu s’installent à Rurambo.

Afin de clore sur Minembwe, nous ne citons que  le facteur de  la toponymie témoignant que Minembwe est un territoire identitaire de Banyamulenge,  nous citons entres autre :

Kabingo c’est « napier grass » en terme agronomique, planté par Ruvugwa Musirikani fils de Rusanga afin de protéger ses vaches à la  foudre(selon la tradition) ;

Rutigita(le marin);

Monyi  (espèce des pierres ); Mashya (fosses);

Kibundi (colline courte à grande étendue);

Rugezi (riviere );Bidegu et Madegu( plaines ) ;

Nzovu : éléphant ; Mihanga(arbres) ;

Mishavu :c’est le koudou de la famille de l’antilope avec de longues cornes;

Gishigo : petite forêt ;

Kuwabanyarusuku : ceux provenant de Lusuku ;  etc.

Biziba ; Kibundi, Nyawarimba, Gihanama, Gitarama, Mutanoga, Tibyangoma,  Muriza, Gakangara, Kidegu, Gakenke, Karongi ; Gitavi, Rubemba ; Gishigo ; Muzinda ; Nyabibugu ; Mishashu ; Gitavi ; Gahwera ; Rugabano ; Kivumu ; Rudabagiza ; etc.

Qui plus est, en période de fixer les limites de la ferme pastorale d’un belge et les limites  entre  les territoires de Mwenga  par le  secteur d’Itombe et  celui de Fizi avec le secteur de Lulenge,  le chef Karojo Védaste de l’actuelle localité de Kivumu/Minembwe refusa aux administrateurs en disant qu’il ne voulait pas être administrativement géré par Mwenga, ainsi dit ainsi fait.

2.9. Peuplement de Bibogobogo

Bibogobogo dérive du nom d’un animal  gnou de la famille de buffles, qui vivaient en troupeau dans cet espace géographique. Il est subdivisé en deux secteurs, celui de Mutambala  au Sud et de Tanganika au Nord. La région de Bibogobogo est à 25 kilométrés presque de la ville de Baraka en territoire de Fizi.  Bibogobogo est essentiellement  habité  par les Banyamulenge en terme numérique aussi les  Bafuliru et Banyindu.  Selon les sources orales, Rutambwe fils de  Maniha fils, Maniha fils  Mugunguza du clan de Bastia serait le premier à s’installer dans l’actuelle  zone géographique de Bibogobogo avant la création de territoire de Fizi. En plus,  les sources orales nous renseignent que , Maniha a vécu du temps de Nambako Lwamwe(Rwamu) et avait de bonnes relations avec le Mwami Nambako, consolidée par le mariage de leurs enfants dont  Mwahi  frère de Mwami Nyamugira tous fils de Nambako épousa la fille de Maniha qui ont donné naissance à Gatenge.

Ainsi, Maniha vivait à Kigushu,  il était l’un des notables de Mwami des Bafuliru entre les années 1850 et 1880, puis son fils Rutambwe qui était  ami de Mwami Nyamugira et notable aussi à Kigushu en période de 1880 à 1914  à la limite vers le territoire de Walungu.  Après l’intronisation de Mukogabwe Mahina, il y’a eu des contentieux liés à la fille de Rutambwe que  Mwami Mukogabwe  voulait la prendre en mariage et Rutambwe ne voulait  pas. Et, pour masquer cette demande, il est venu avec une jeune vache  et la donner au Mwami afin de pallier aux différends. Très arrogant,  Mukogabwe lui demandant de  la surnommer et Rutambwe  répliqua qu’ une jeune vache ne porte pas le nom et Mukogabwe la surnomma « Irenzamunsi » qui signifie «   cette vache couvre la journée d’aujourd’hui » pour dire que  demain nous continuons la lutte. Ainsi, Rutambwe s’inquiéta de plus et le lendemain quitta Kigushwa pour se réfugier  à  Ruvumera dans  la chefferie de Kayira Muhinyuza. Néanmoins, Kayira Bigimba Muhinyuza était en conflit violant avec Mukogabwe poussa  Rutambwe de continuer à fuir pour  les moyens plateaux de Bibogobogo/Rulimba via Shanji/Sandja dans la hauteur de Mboko en première guerre mondiale . Ainsi, de son arrivée  pour la première fois dans les moyens plateaux de Bibogobogo, Rutambwe  était accompagné par ses fils  dont Ruhaga  et Rumarana guidés par un pygmée  du nom Mpongorwa (ou Ruhongorwa) qui vivait dans la forêt de l’actuelle Mugorore   lui informant qu’il y’a d’autres personnes à Akomba (actuel Akuku) dans le but de se ravitailler en vivre où il rencontra Ngulumoya Mayundo de la communauté des Babembe qui, finalement   conclura un pacte de sang avec Rutambwe et  par la suite son fils Ruhaga aussi  avec Semahiru fils Mayundo. Et, s’installa à Rulimba, peu après  que Gaheka fils de Mutuganyi,  Mutuganyi fils de Rutenderi aussi du clan d’abasita  s’installent à  Kabembwe Muringa dans la hauteur de Nundu en secteur de Tanganyika. Ce faisant, ces deux figures membres de la communauté des Banyamulenge donnèrent les noms à plusieurs collines, rivières et forêts de la région, et sont  aujourd’hui considérées comme des repères identitaires. Ainsi donc,  Rutambwe et Gaheka  sont les premiers occupants de  l’espace de Bibogobogo  au regard de la théorie sur l’identité territoriale, la région de Bibogobogo est un territoire identitaire, ethnique ou culturel Banyamulenge. Alors, vous pouvez  vous imaginer sur  les figures de Rutambwe et Gaheka qui sont les premiers occupants de Bibogoboko, je ne vous présente que  Rutambwe avec le calcul  de sa généalogique pour estimer  sa période de naissance. Ci-dessous sa progéniture: « Rutambwe père de Ruhaga, Ruhaga père de Mparirwa, Mparirwa père de Birori, Birori père de Rugagaza, Rugagaza père de Rwumbuguza et Rwumbuguza père de Nyirabasita(femme mariée) ».  Alors,  de Rutambwe à Nyirabasita, il ya 7 et, nous prenons 6 générations  de 30 ans  pour avoir une marge  estimative en calcul.  Alors, 6  multiplier par 30 =180, donc 2026 moins 180 = 1846 ; et deuxième estimation est celle de  la génération  25 ans et  nous aurons 150 ans. Donc, Rutambwe serait né dans la région de Mulenge entre les années 1846 et 1876 et fut chef de village ou Kapita de Kigushu en période de Nyamugira. Comme nous l’avons dit ci-avant,  aussitôt occupé Bibogobogo  étant habitué à gérer les gens, il organisèrent   les membres de sa communauté et devenir leur chef. Ainsi,  habituellement nait les organisations sociales  comme il est dit en  sociologie de pouvoir.

En guise de conclusion pour la géo-identitaire de Bibogobogo, il  ne désigne pas seulement son  espace physique, mais  aussi il représente  un symbole historique et culturel,  et,  également  est un témoignage du parcours et de l’établissement des Banyamulenge dans la région de l’Itombwe et ses environs. Ainsi  en effet, son histoire du peuplement et sa toponymie en kinyamulenge  s’impose  comme leur territoire ethnique nous citons entres autre : Mugorore, Magunga, Magaja, Bivumu,Kavumu,  Rurimba, Rutabura, Mugono, Bivumu, Kavumu, Bijanda, Kabara, etc.

2.10. Peuplement de Tulambo 

Selon les sources orales, le nom Tulambo dérive du mot tulambi qui signifie un espace plan, qui, au fil du temps et des usages linguistiques, il s’est transformé en Tulambo. Ce toponyme en kinyamulenge reflète ainsi une occupation ancienne des Banyamulenge dans cette région. Selon les sources orales, vers 1924, Muhire quitta la chefferie des Bafuliru, fuyant un conflit avec le Mwami Mahina, pour chercher refuge, s’installa en premier lieu à Rubuga dans les hauts plateaux  d’Uvira puis à Rukuri  dans l’actuel territoire de Mwenga pour s’approcher de la littorale de Kilembwe afin de se ravitailler en vivres dans les premières  années afin  se stabiliser dans la région qui deviendra Tulambo.Sous Muhire  Ntironkwa,  ses descendants et autres membres de sa famille,  les Banyamulenge s’y sont progressivement implantés, fondant des villages et donnant des noms aux principales entités naturelles dont  les rivières, les forêts. Ces appellations, d’origine kinyamulenge constituent aujourd’hui des témoins vivants de leur présence historique et de leur attachement au territoire culturel.

En effet, Tulambo ne se réduit pas à un simple espace géographique, plutôt, il représente un territoire identitaire profondément lié à l’histoire, à la mémoire et à la culture des Banyamulenge,  leur occupation ancienne et la toponymie  les témoigne.

Il s’agit de :Tulambo(dérive de Turambi, qui signifie « nombreuses petites savanes planes » en Kinyamulenge), Rukuri, Bijanda, Marunde, Rushasha, Ruhangarika, Kibundi, Makira, Kwitara/Maherero, etc. C’est  dans ce cadre que, la théorie du territoire ethnique de la savane du secteur de l’Itombwe les toponymes en kinyamulenge sont cités  précédemment, cette région   apparaît comme un espace socialement et identitairement construit  en premier lieu par l’ installation de Muhire à Tulambo et   par la suite par Sebasaza Rwiyamirira  à Makutano et les autres. Ainsi, le peuplement  dans cette  savane  limitée par la grande forêt  qui va jusqu’à Mwenga au chef-lieu du territoire,  ne vivait que  les animaux féroces et  les gibiers. Alors, ces premiers occupants ont perdu les leurs  pour que le territoire soit habitable et constitue l’appropriation du territoire au  sens ethnique. C’est cette antériorité de peuplement que ces figures fondatrices de  cette région de Tulambo et ses environs  devient un espace identitaire des Banyamulenge.

2.11. Peuplement de Kamombo 

Traditionnelle,  le nom de Kamombo serait d’un pygmée qui habitait  dans la forêt  au tour des collines Kuwinteranirwa et Kuwamabaraza donnant la source de la rivière  dite Kamombo et qui a donné le nom à ce territoire. Cet espace géographique   est situé à une dizaine de kilomètres de Minembwe, dans le secteur de Tanganyika (territoire de Fizi, Sud-Kivu).  Cette région regroupe plusieurs localités se trouvant entre les deux rivières ayant le même nom de Elila( Rwerera en Kinyamulenge). En effet, l’une se trouve au Nord et le sépare avec le territoire d’Uvira par la chefferie des Bavira et  au Sud avec le territoire de Mwenga par le secteur de l’Itombwe et toutes les deux rivières  se croisent  avant  Tumungu à l’entrée de la grande forêt vers  Makenda. Ce faisant,  Kamombo  constitue l’un des  foyers historiques des Banyamulenge car, bien avant la période coloniale, cette région de hautes plaines servait de zone de leurs  pâturages. Alors,  les pasteurs attirés par l’abondance des herbes  sans évoquer la disponibilité des sources d’eau qui y’sont en abondance, Muhasha Ruhirimbura  wa Sebikabu s’y installa le premier au temps des conflits connus sous le nom de « guerre des Tetela » comme nous l’avons signalé dans la section précédente . Ainsi,  son installation marque le début d’un établissement permanent, autour duquel se sont organisées plusieurs familles pastorales.

Néanmoins,  il y’a eu des heurts initiaux avec les peuples pygmées, qui assimilaient les vaches aux animaux sauvages et qui ont occasionné des violences et pertes des vies humaines, nous citons entre autres :

  • Un conflit ouvert  dû à la tuerie des vaches par les pygmées les opposant avec Ruvugana Gituranya du clan d’abasita, Kanyamukenke Byiganye du clan d’abega , Nzamu Gikanura du clan d’abongera et Kamasa Biguge du clan d’abasita ;
  • Un conflit opposant les pygmées  qui avaient tué et mangé des  génisses et vaux  des vaches avec Mikoni Munyabungo  et Rumaranya ;
  • Un conflit violent opposant les pygmées et  ceux dont leur résistance était organisée par Butsiriko Mushikuzi du clan d’abagorora ;
  • Un conflit opposant les pygmees et les Banyamulenge organisés par Bujambi Bihagire du clan d’abahiga et Bititi Rugayampunzi du clan d’abitira ;
  • Un conflit violent opposant les pygmées et les Banyamulenge organisés par Rutubuka  Sebabembe  père de feu le Général Michel Rukunda Makanika, paix à son âme, organisateur de l’auto-défense « Twirwaneho »; etc.

C’est après plusieurs décennies  que Kamombo  fut  habité par les bergers  toujours en perpétuel conflit avec les pygmées.

C’est, vers les années  1940-1945 que les premières familles du patriarche Ntayoberwa, fils de Munini se sont installé dans la région qui était également ses pâturages en provenance aussi de Mutambala dans une localité appelée Ikongo  qui surplombe Mihanga et Gishaho et  s’installa d’abord à Nyagisozi situé aux environs de Mutendja, Nyamizungu et Nyamara. Au regard des travaux de Weis et Depelchin sur  l’occupation de la savane de l’Itombwe en usage pastoral par les Banyamulenge  est  antérieure à la colonisation. Ainsi, Kamombo s’est progressivement imposé comme un espace de référence culturelle  et il demeure au cœur de leur mémoire et fait partie du territoire ethnique avec la toponymie en Kinyamulenge, nous illistrons par:  Kigazura ; Ngoma ; Cyakira ; Kabara ;Mizinga ; Nyarusanze ;  Nyamara ; Kibundi ;Bishigo ;  Gitashya ;  Mihanga, Nyamizungu, Mutendja ; (Mikenke, dérive du nom des herbes qui est  Hyparhenia spp en terme scientifique) ;Mikarati( nom d’un arbre ); etc.

2.12. Peuplement de Bijombo

Le nom de Bijombo est le pluriel de « Kijombo », il tire son origine en kinyamulenge et signifie « Enset » en terme technique. Bijombo est  un espace  de la savane de l’Itombwe en  chefferie des Bavira,  territoire d’Uvira dans la Province du Sud-Kivu. Qui en effet,  constituait principalement une vaste zone de pâturages et des forêts  des bambous à climat froid.    Cependant, les premières années de leur présence, les Banyamulenge de Bijombo durent affronter un climat rigoureux, le froid intense causa la mort des personnes  ainsi que les bétails.  La région servait le refuge des vaches en guerres des soldats batetela(1897) et la première guerre mondiale(1914-1918) à cause de ses forêts naturelles.

Ce n’est qu’après la guerre que les premiers groupes Banyamulenge s’y installèrent de manière permanente avec des familles sur ce territoire qu’ils avaient jusque-là utilisé comme pâturage et refuge. En effet, WEIS  précise que les familles ruanda(banyamulenge) étaient à Masango l’une des localités de Bijombo en 1938 et  le Père Henry Farcy écrit que  Bihembe  Mihoho vivait à  Masango en 1941.

Ajoute WEIS que  les ruanda   étaient nombreux numériquement (86%) dans les villages de Bijombo, Kianjovu et Masango-Tutanga,  et le reste de la savane d’Itombwe était la zone pastorale des ruanda/Banyamulenge et était entièrement  un désert et on y trouvait de hameaux des pasteurs et  le reste  n’était pas habité.

Néanmoins, Muhire Ntironkwa s’installa à Masango vers 1924 en fouillant  l’avènement de récupérer les vaches que Mukogabwe Mahina avait razzia dans sa famille. C’est ainsi qu’un peu avant les années 1940  Rugabirwa et Rwangoko tous deux Banyamulenge  s’installèrent à Bijombo,  Mukubito ( mufuliru), Kanyambari Madaga  s’istalla à Kyanzovu en provenance de Tulambo, Ndatinya Mahinga à Mugogo, Semandwa à Gahuna, Rufora à Kwirango et d’autres de sa famille s’installèrent à Kirumba.

Cependant, la toponymie de cette région est essentiellement en kinyamulenge car, elle était la zone des pâturages  depuis plusieurs années, nous illustrons  entres autre :

Kianjovu/Chanzovu qui signifie  « site d’éléphant » ;

Katanga c’était Gatanga, nom de l’arbre  « Agatanga » en Kinyamulenge ;

Mugeti également nom de l’arbre « Umugeti » en kinyamulenge (Hagenia abisynia en terme agronomique)  ;

Gashigo : petite foret ;

Gashararo ; Mitamba ; Gatanga, Gihuha, Rubogeri, Kinyoni, Rubibi ; Murambya ; Mugogo ; Kwirango, Kiziba, Rubarati, Murambya, les rivières comme Camakara, Rwirera(Elila), etc.

Aussi, fut créée à Bijombo la première école en 1954 et  à cette époque, les populations de toute la savane y envoyaient leurs enfants pour y recevoir une instruction. Plus tard, en 1979, Bijombo fut érigé en groupement administratif à la suite d’une demande de la population et grâce aux démarches entreprises par feu l’Honorable Gisaro.

Au fait, pour que la savane de l’Itombwe soit habitable, les Banyamulenge ne trouvèrent ni terre docile ni refuge paisible car,  la nature y était sauvage, habitée par des bêtes féroces qui défendaient leur territoire.  Ainsi, pour rendre cette terre habitable, ils durent affronter ces dangers au prix de lourds sacrifices et  certains y laissèrent leur vie.

3. Les  Banyamulenge et  la faune dans la savane de l’Itombwe

Il y a bien longtemps, avant de fixer les frontières par les  puissances de l’époque, les Banyamulenge (alors les banyaruanda) quittaient la plaine de la Ruzizi à Kakamba  pour s’installer  dans les moyens-plateaux fouillant la malaria et  en  cherchant les pâturages pour leurs troupeaux.

En cette période, la savane de l’Itombwe était inhabitée et réservée  uniquement en région pastorale  sauf les  lions qui y’régnaient en roi de la forêt.

Les Banyamulenge, étant les premiers à pénétrer dans la savane d’Itombwe, ils se sont heurtés aux multiples problèmes entre autres la famine, le froid, la pluie et les animaux prédateurs. Selon certains témoignages, les Banyamulenge construisaient les clôtures afin de protéger leurs troupeaux aux menaces des lions et passaient les nuits dehors en allumant le feu et faire face aux attaques des lions. Nombreux Banyamulenge sont dévorés par les lions, fautes des  sources écrites et qu’il y’a des  centaines  années  écoulées, nous avons pu identifier quelques  victimes des lions parmi plusieurs d’autres.

Tableau no2 : Quelques noms des banyamulenge tués  par des lions dans les haut-plateaux de l’Itombwe

No

Noms

Lieux

01

Rubariza Gasita

Kabilabila

02

Kadogo Nkubana  wa Rwiyereka

Mibunda

03

Nteganya Ruhindabandi

 

04

Kirinda Munini  Gasita

 

05

Mashara  wa Kabatama Buhiga

Mibunda

06

Matabaro Ntawukundundi 

 

07

Bahumyi Nyakambiro 

 

08

Ndabahimye  wa Ntungu Kongera

Kumurengezo

09

Kinyana  Nyaphunda Rushombo(femme)

Kagogo

10

Kayanda ancêtre  de Bisengimana Charles)

Bijabo

11

Masigabona Gasinzira(blessé)

Umusinzira

12

Rugarira Rushombo (blessé)

Umusinzira

13

Budurege Rushombo  (blessé)

Rushombo

15

Gaturuturu Kongera (blessé)

Ruseruka

16

Sikubwabo Rembutsa (rescapé)

Gitashya

17

Mudage Sebitarika (rescapé)

Gitashya

18

Gaphurero Kega 

Kirumba

De ce fait,  dire que les Banyamulenge ont péri pour que la savane de l’Itombwe soit habitable et cela leur donne le droit de dire qu’il est leur territoire identitaire(gakondo en kinyamulenge) n’est pas loin de la vérité au regard des théories de l’identité territoriale ou ethnique.

4. Les martyrs Banyamulenge lors de la   construction des routes  coloniales

A l’Est du Congo comme partout ailleurs, les autorités coloniales ont entrepris de grands travaux de la construction de route visant le désenclavement territorial afin de faciliter l’exploitation des ressources et, également le contrôle administratif.  Ces projets, bien plus importants pour le pouvoir colonial et pour la population locale, ont été réalisés au prix d’un lourd tribut humain   aux congolais en général.

Ainsi, parmi les congolais les plus durement touchés, figurent aussi les Banyamulenge. Ces derniers furent contraints, comme des nombreux autres congolais de participer à des travaux forcés, imposés par l’administration belge, réquisitionnés auprès des chefs et furent envoyés sur les chantiers un peu avant dans la plaine de la Ruzizi, dans le territoire actuel d’Uvira et dans la route Uvira-Fizi. Ce faisant, les travaux de construction de routes se faisaient sous la surveillance des colonisateurs, généralement accompagnés des violences physiques, faiblement nourris, sans accès à des soins médicaux avec comme conséquences néfastes aux cantonniers.   Nombreux mourraient par des maladies, famines et mauvais traitement.

Pour le cas de la construction de la route Uvira-Baraka-Fizi, laquelle nous détenons les informations, le belge  Breuer a initié ce projet vers les années 1925  et  a  pris  du temps jusqu’en 1945.

Cependant,  les souffrances endurées par les Banyamulenge dans le contexte de désenclaver leur pays et qu’ils  sont morts nombreux  dans les travaux de la construction des infrastructures routières, les bureaux administratifs et autres travaux d’intérêt colonial, témoignent l’appartenance légale et doivent être reconnus comme faisant partie intégrante de la mémoire historique dans leurs   territoires étatiques dont Fizi, Uvira et Mwenga  et certainement la savane de l’Itombwe comme  leur territoire identitaire.

Tableau no 3 : Quelques noms  des victimes de la tracée  de route à Katunguru(Atungulu)Lusenda

  • Ngaramira wa Rubabaza de clan de Abasinga ;
  • Gahirima wa Rwamaso du clan de Abega ;
  • Biganiro  wa Rugondera  du clan  Abanyakarama ;
  • Ntaganda wa Mushonda de Abasama ;
  • Buduta wa Sebasamira de Abasama ;
  • Ruterera père de Magarambe de Abagorora ;
  • Munyeri femme de Rugira de Abanyakarama  qui préparait à manger ; et
  • Cega de Rutungisha Maturire femme de Mudunga Bahuza de Abanyabyinshi, qui préparait la cuisine des cantonniers ;
  • Biganiro Rugondera ; etc.

Ainsi, faisant suite à la mort de Ntaganda et Buduta(cousins), le patriarche clanique Mushonda  refusa d’être administré en territoire de Fizi lors de la  création et de la délimitation avec le territoire père d’Uvira vers les années  1930 et l’administration coloniale déplaça la première proposition de la limite par la riviere Kanangananga afin que Mushonda  qui habitait à Kirumba soit au-delà  de la carte  du territoire de Fizi nouvellement crée et l’administration coloniale a été obligé de  déplacer la limite   vers la rivière Rwirera/Elila.

En guise de cette vérité historique, les localités de Kirumba, Gahuna, Mugeti, Kagogo etc, de l’espace ethnique de Bijombo sont des espaces identitaires de patriarche Mushonda et personne ne peut  nous contredire même les autorités étatiques en sont témoins.  Pour ce faire, la section suivante aborde la différence entre  le territoire identitaire et étatique afin d’éclairer les lecteurs.   

5. En quoi le territoire étatique  se diffère d’un territoire identitaire?   

Il serait mieux d’expliquer à certains lecteurs qu’un territoire étatique est constitué des collectivités (secteurs et chefferies) qui se diffèrent d’un territoire identitaire, ethnique  ou culturel. Bien que soient  des concepts connus et couramment utilisés, nous expliquons en courtes lignes la différence de ces concepts.

Pour ces concepts faisant l’intitulé de cette section, la différence réside essentiellement dans les critères qui les définissent et les fonctions qu’ils remplissent.

Le territoire étatique est une entité administrative géographiquement délimitée, il peut être un État, une province, un territoire couramment utilisé en R.D. Congo et sont reconnus et dotés des personnalités juridiques. Il désigne un espace délimité pour y exercer son autorité administrative. Le territoire national est subdivisé en provinces et les provinces en communes urbaines et territoires administratifs, en communes rurales, secteurs ou chefferies des groupements ou localités puis quartiers et villages. Au fait, le Sud du Sud-Kivu   avait un seul territoire crée en 1906 appelé « Uvira » avec 3 postes administratifs, dont celui d’Uvira, de Baraka et de Kalembe-lembe devenu Fizi. Après, il a été   scindé en deux dont l’existence du territoire de Fizi en 1931 pour rapprocher l’administration aux administrés. Et, le territoire de Fizi a 4 collectivités secteurs avec 18 groupements administrés par les chefs coutumiers claniques, qui sont des territoires ethniques et en même temps des territoires étatiques.  Il s’agit de secteur de Lulenge; secteur de Ngadja; secteur de Mutambala; et le secteur de Tanganika.

Pour le territoire Uvira, avant le nouveau découpage lié à la décentralisation, le territoire d’Uvira  était constitué  dans son ensemble  par 3 chefferies dont la chefferie des bafuliru, la chefferie des Bavira et la chefferie  de la plaine de la Ruzizi anciennement appelé chefferie de Barundi.  Nous évoquons brièvement la différence entre les chefferies  qui sont des entités administratives coutumières qui confirment la thèse de l’identité cultuelle  de différents peuples appartenant  dans ces aires géographiques. Au fait, les chefferies et les entités dites groupements coutumiers sont d’une manière la reconnaissance de la souveraineté bien partielle de l’État des territoires ethnique car, l’état exerce une souveraineté  permanente sur le sol, le sous-sol, les eaux, les forêts, les espaces aériens, etc.,.

Enfin de compte, un territoire identitaire aussi appelé ethnique ou culturel n’a pas une personnalité juridique contrairement aux territoires étatiques ou administratifs qui, malgré son échelon administratif, il a un acte juridique lui autorisant d’assurer l’administration aux administrés.   

Eu égard aux données géo-historiques sur les Banyamulenge lesquelles nous avons présenté dans les sections précédentes, ils se sont installés dans les hauts-plateaux de l’Itombwe avant d’autres populations, et ils ont contribué efficacement pour que la région soit habitée. Alors, la question qui vient généralement est de savoir si un peuple, une communauté ou une tribu peut-il avoir un territoire identitaire, ethnique ou culturel sans avoir une chefferie coutumière ?

6. Peut-on avoir  un territoire identitaire/ethnique sans  une chefferie ethnique ?

Nous pouvons nous questionner s’il est possible qu’un territoire ethnique peut exister sans chefferie traditionnelle comme il est le cas de Banyamulenge et aux Tutsi du Nord-Kivu ?

Ainsi, nous sommes tentés de répondre  “OUI” car, au regard des théories définissant le territoire identitaire ou ethnique,   se résumant à un espace historiquement occupé par majoritairement un groupe ethnique, marqué par une  langue, des traditions, une culture commune, reconnu socialement comme appartenant à une même tribu ou communauté.

De même,  un groupe ethnique peut avoir un territoire d’origine, reconnu historiquement, mais sans chefferie coutumière officiellement établie, parfois pour des raisons historico-politiques suivantes :

La colonisation ou la destruction historique: pour les Banyamulenge, ils ont vu leurs structures coutumières dissoutes par la colonisation belge ;

L’administration belges favorisait les entités coutumières en réalité manipulables et si, les chefs traditionnels s’opposaient aux intérêts d’eux, ils supprimaient leur chefferie et quelques fois les  reléguer.

En effet, comment les chefferies se créaient ?  L’administration coloniale  légalisait les chefferies sur base des organisations coutumières existantes et  obéissant  leurs leaders. Dans cet état de chose,  les Banyamulenge  anciennement appelés les Banyaruanda  étaient organisés  sous deux entités coutumières,  dont la chefferie de Kaila/Kayira et celle de Kahutu/Gahutu  qui étaient inaugurées  le 8 novembre 1920&  pourtant, Kayira  relégué en 2024, aussi,  la chefferie  de Gahutu  supprimée  après le conflit violent  avec le chef Kabwika(Fuliru), l’administration coloniale razzia ses 390  vaches  et les distribua aux différents  autres chefs locaux,  aussi   le groupement coutumier de Budurege.

Aussi, il y’ a également  le chef traditionnel Livuze, tutsi,  destitué et séquestré puis ses sujets sont  dispersés au Rwanda et d’autres au Burundi.

De même qu’aux tutsi du  Nord-Kivu, ils avaient des chefferies supprimées  par l’administration coloniale, entres autre celles de  Nshizirungu et Kabango qui englobaient l’actuelle Rutchuru et Gisoro en Uganda et sont  destitués en 1922 par les belges pour motifs d’être loyaux au roi du Rwanda et Kabango  fut relégué au Congo central(Bas-Congo) disparu depuis ce temps. Également,  celles de Ntamuhanga et Lulenga  qui sont démis de leurs fonctions par l’autorité coloniale lors de l’installation de Mwami Ndeze Irivugumwe Réné, qui d’ailleurs  son père venait fraichement du Ruhengeri au Rwanda. Aussi, la chefferie de Byahi/Munigi  de chef Karera  Gahembe dans l’actuelle ville de Goma,  accusé d’être pro-allemands en 1913 et être substitué par l’actuelle chefferie de Bukumu ; la chefferie de Gishari dans le territoire de Masisi,  qui était administrée par le chef Bideri destitué en 1939 en remplacement de Bucyanayandi aussi Tutsi, qui, en 1957 le destitua, démembra et les disperser  dans la chefferie des Bahunde beaucoup plus soumises aux colonisateurs ;

Un refus lié à la politique. L’état peut ne pas reconnaitre une chefferie pour des raisons politiques, même si le territoire identitaire leur appartient. Weis dit en ces terme « L’immigration des ruanda (il parlait des banyamulenge) précéda l’intervention européenne. Ces pasteurs offrirent à l’administration plus de réticence que vira : mal fixés encore, réfractaires à l’impôt et au recensement, destructeurs de la foret d’altitude, menaçant de  dominer d’autres congolais et les soustraire à l’influence européenne, et ils ont subi d’une discrimination sévère » à l’égard de la politique coloniale. Appartenir à un territoire identitaire sans qu’il y ait une chefferie traditionnelle était lié à des fins de l’histoire politique spécifique d’un groupe social concerné, comme il est le cas des Banyamulenge et des Tutsi du Nord-Kivu.

Bref, le territoire identitaire n’est pas seulement un espace physique mais aussi, moral, psychoculturel ou ethnique. Il représente ce que nous appelons le berceau identitaire d’un groupe ethnique.

Quant à une chefferie, est une institution traditionnelle de gouvernance, dirigée par un chef coutumier, généralement par lignée héréditaire, parfois désignée par un conseil de notables, issu de sa famille ou  de son clan. Et, la chefferie concerne une famille spécifique, pas toute l’ethnie, car,  la majorité des membres d’un groupe ethnique ne sont pas issus de la lignée royale.

Enfin de compte, un pouvoir coutumier relève d’une structure politique organisée tandis qu’un territoire identitaire relève de la mémoire, de la culture et du sentiment d’appartenance dans un espace géographique.

      Conclusion

En définitive, l’analyse  croisée des théories  sur le territoire identitaire ou ethnique  à savoir l’antériorité d’occupation attestée par les travaux historiques de chercheurs tels que WEIS, Jean Hiernaux ,Dépelchin, corroborés par les traditions orales locales ; l’organisation de la défense territoriale face aux menaces internes et externes ; ainsi que la permanence d’une toponymie propre aux lieux, aux cours d’eau, aux forêts et aux collines  les hauts plateaux de l’Itombwe apparaissent comme un espace doté d’une forte continuité historique et culturelle. Les récits de  l’occupation, les généalogies familiales et les sources écrites convergent pour montrer que les Banyamulenge  sont historiquement identifiés  comme les premiers occupants de la savane de l’Itombwe. Cette présence ne se réduit pas à une simple occupation démographique,  plutôt elle s’est traduite par l’organisation et  mécanismes de protection du territoire et  la gestion des pâturages. La mémoire collective conserve d’ailleurs le souvenir des résistances menées pour préserver l’intégrité de cet espace face aux incursions notamment par la résistance à l’esclavagisme ; à la mutinerie des soldats Batetela ; à l’expropriation de ferme ELIT, à la rébellion muleliste  de 1964 ; à la domination des animaux sauvages  et aux conflits  politiques récurrents.

Pour les Banyamulenge, la savane de l’Itombwe ne saurait être réduite à des simples entités géographiques, plutôt elle constitue, pour eux un espace profondément ancré dans l’histoire, dans la mémoire collective et de  leur identité.

En effet, les différentes sources évoquées dans le corps de ce travail, convergent pour attester de l’ancienneté  des Banyamulenge dans cette région en renforçant ainsi l’idée d’un enracinement historique durable. Par ailleurs, la toponymie locale  dont  les collines, les rivières ou les forêts sont des véritables marqueurs identitaires,  révélant une appropriation symbolique du vécue du territoire et ces éléments linguistico- géographiques traduisent une présence continue et structurante, inscrite dans le temps. Ils témoignent également d’une interaction étroite entre l’homme et son environnement, où l’espace naturel devient porteur de l’identité culturelle.

En outre, les sacrifices consentis par de nombreux Banyamulenge constituent un argument majeur dans la consolidation de ce lien territorial. Qu’il s’agit de la lutte contre les contraintes d’un milieu naturel parfois hostile, marqué par la présence d’animaux féroces, ou encore de leur contribution aux travaux de désenclavement, notamment la construction de routes, la résistance aux invasions externes et aux différentes guerres  violentes et destructives depuis 1964 à nos jours, la protection de leur territoire,  leurs efforts ont souvent été accomplis au prix de perte  des milliers vies humaines. Ainsi, ces faits traduisent non seulement une volonté d’habiter et de maîtriser cet espace, mais aussi un engagement profond dans sa transformation et son développement.

Dès lors, la savane de l’Itombwe apparaît comme un territoire construit à la fois par l’histoire et le sacrifice suprême, ce qui en fait un espace identitaire à part entière pour les Banyamulenge. Enfin de compte, cette réalité sociohistorique interpelle à la fois les acteurs politiques, les chercheurs et les communautés locales sur la nécessité de promouvoir une mémoire inclusive, de prévenir les conflits identitaires et de garantir une coexistence pacifique fondée sur la reconnaissance mutuelle et le respect des héritages historiques.

                                        Bibliographie

                   (Ouvrages, articles, rapports, web site et interviews)

  • Bosco Muchukiwa, Identités territoriales et conflits dans la province du Sud-Kivu, R.D.Congo, Globethics.net Focus No.34
  • Bosco Muchukiwa,  dans son livre « Territoires ethniques et territoires étatiques ; L’Harmattan, 2006
  • Weis G. Le pays d’Uvira ; Académie royale des Sciences coloniales ; Mémoire in-8o.Nouvele série ; Tome VIII,
  • Le rapport des archives de la sous region du Sud-Kivu (106-19120, cité Bosco Muchukiwa
  • Rapport administratif du secteur de Luvungi, 1909, page 35, cité par Gasore Sebaganwa Zebedee,
  • Dr Gaston  Nganguzi Rwasamaza, les causes lointaines et récentes de la problématique de la citoyenneté des rwandophones congolais en RDC, Congo Indépendant, 2020
  • Mgr  P. Kanyamacumbi ; Les populations du Kivu et la loi sur la nationalité, vraie ou fausse problématique, A.T.R.I.O.; édition SELECT, 1991
  • Bertrand Baddie P. Birnbaum; Sociologie de l’État;  Librairie Artheme Fayard/Pluriel, 1983
  • F.Reyntjens et S.Marysse, conflits aux Kivu:antecedants et enjeux, Universiteit Antwerpe, Centre d’étude de la région des grands lacs d’Afrique ; Anvers ; décembre 1996 
  • Constitution de la R.D.Congo; 2006,  article 10
  • J.P.Chrétien ; Histoires rurale de l’Afrique des grands lacs, édition AFERA, 1983
  • Depelchin Jacques Mari-François ;  “From precapitalism to imperialism. A history of social and economic, formations in East Zaïre (Uvira Zone, 1800-1965) ; Stanford University, 1974.
  • David Van Reybrouck ; Congo une histoire édition de Bezige Bij ; Amsterdam ; 2010
  • Mgr Kanyamacumbi, Les populations du Kivu et la loi sur la nationalité, Edition SELECT, 1992.
  • Betrand Badie Pierre Birnbaum; Sociologie de l’État; Librairie Arthème Fayard/Pluriel, 1983.
  • Willemart, Histoire du territoire de Babembe; https://ufde.edu/AA00001882/001
  • Procès verbal cité par Sebaganwa Gasore Z. 
  • A.J. Wauters ; Histoire politique du Cong-belge, Bruxelles, le 6 novembre 1910
  • Pierre Salmon; La révolte des batetela de l’expedition du haut-Ituli(1887); Koninklijke Academeie voor Overzeese Wetenschappen, N.R., XLIV-3, Brussel, 1977
  • Oscar Niyongabo Buzi; La guerre de Minembwe: Épuration ethnique ou genocide des Banyamulenge ? Vichu Printing Media, Nairobi 2019
  • https://mulengearchives.com/lethnonyme-banyamulenge-serait-il-anterieur-a-la-creation-de-lactuelle-la-rd-congo
  • https://insecurityinsight.org/wp-content/uploads/2025/07/ARMER-les-WAZALENDO-Recits-des-medias-sociaux-sur-les-Wazalendo-en-DRC-SMM-July-2025.pdf
  • https://mulengearchives.com/storage/la-guerre-de-deracinement-1.pdf
  • https://mulengearchives.com/les-bafuliru-et-les-bavira-sont-ils-eponymes-ou-totemiques-1

  Les personnes interviewées

Ndege Rugirwa

Mugaju Chubahiro

Mafundisho Gikanura

Mushirampuhwe Etienne

Rutambwe Lawi

Rurambya Oscar

Rushemuka Jonathan

Mikuba Dieudonné

Masekeri Ruganirwa

Sebintu Philemon

Semuhizi Muhondogo

Samuel Buruma

Aroni Kiyana

Buhiga Josué

Murinda Ezeckiel

Rwumbuguza Félix  Ruheka

David Banoge

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